Quand avec David nous partons depuis la Normandie pour une petite fête organisée en Alsace chez les amis Luc et Brigitte, c'est le moment idéal pour une visite chez les Pfister, chose que nous devions faire depuis un moment déjà ! Il n'a pas été nécessaire de ruser pour convaincre tout ce petit monde pour se déplacer au domaine, à Dahlenheim dans les Bas-Rhin : les critiques de la presse spécialisée sont bonnes, il est temps de constater par nous même.

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Nous sommes accueillis au caveau familial par Mélanie. Quand en 2000, s'est posé la question de la succession d'André, les 3 filles de Marie-Anne et André ont chacune des carrières diverses mais brillantes. Seule Mélanie allait finalement rejoindre le domaine en 2006, pour prendre officiellement les rênes 2 ans plus tard. Une reprise en douceur, avec peu de changement dans la façon d'opérer, si ce n'est quelques ajustements. Il faut dire que le papa, dès 1972, avait bouleversé la région et les traditions qu'il tenait lui même de son père, en innovant, comme la mise en place de régulations thermiques pendant les vinifications, la vendange en vert et en développant des prototypes avec la société Braun, constructeur allemand de machines pour le travail des sols.

Si à l'heure actuelle, pas mal de domaines ne peuvent argumenter un "pseudo" bio sans avoir de labellisation, le domaine Pfister ne se cache pas et n'est engagé dans aucun processus. "C'est une question de bon sens, nous utilisons des produits lessivables avec l'efficacité la plus mesurée et ciblée possible, sur des sols qui sont travaillés, ce qui permet de traiter moins souvent. De plus, nous sommes contre l'utilisation abusive du cuivre, qui fait plus de dégâts qu'on ne pense" précise Marie-Anne, professeur de physique/chimie désormais à la retraite.

Le domaine qui couvre 10 hectares, produit tous les cépages alsaciens (à l'exception du sylvaner) à hauteur d'environ 60000 bouteilles par an... moins quelques unes qui vous sont comptées ici !

Crémant d'Alsace. Le Crémant est une tradition qui date du début des années 80. Il est élaboré pour répondre à une demande forte de la part du consommateur en recherche de bulles !  41 mois de lattes pour cette base 2007 à proportion égale de chardonnay et de pinot blanc/auxerrois. Un crémant à l'ossature droite, tout en tension mais à la bulle fine. Le vin s'étoffe et s’arrondit dès que pointent les fruits blancs et l'aromatique briochée. J'aime beaucoup et en général, il fait mouche pour ouvrir un repas !

Pinot Noir 2009 : un peu réduit au départ, la bouche est serrée et l'objectif est d'en faire un vin de fruit et de plaisir. C'est assez réussi.

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Pinot Noir Barriques 2008 : peu extrait, souple, profond avec un magnifique fruité qui raisonne. Il y a comme un côté "chambolien" dans ce vin, qui offre une magnifique finale épicée. Pas étonné d'apprendre que les 13 à 14 mois passés en fût, le sont dans d'anciens contenants de Vosne-Romanée, provenant d'un domaine qui a accueilli Mélanie pendant un stage d'étude : Méo-Camuzet. Très beau vin !

Pinot Blanc 2010 : bouche assez simple, fumé, coquillage et finale acidulée (ça, c'est la marque du millésime 2010, qui la porte un peu plus tranchante que 2009)

Muscat 2010 "les 3 Demoiselles" : dans leur jeunesse, les 3 filles de Marie-Anne et André ébourgeonnaient cette parcelle de muscat, qui porté désormais leur nom. Un muscat de la variété Ottonel, qui offre moins exubérance que le muscat d'Alsace (ou à petits grains). Le nez possède beaucoup de charme et de finesse. Malgré un peu de gaz en bouche, cette dernière est parfaitement sèche, mais offre encore rondeur et une silhouette élancée. Un très beau muscat, d'un équilibre fraîcheur/fruit remarquable. Un peu atypique, on ose penser que la cuisine, même avec des accords osés ne lui feront pas peur.

Riesling Silberberg 2010 : nez d'une grande délicatesse, patine d'antiquaire, floral sur un fond de caillou humide. En bouche, l'attaque se fait en douceur, sur des touches de curry et s'intensifie grâce à une finale un peu crayeuse. J'aime beaucoup ce vin et l’énergie qu'il dégage. A garder en toute confiance en cave.

Riesling Grand Cru Engelberg 2009 : les riesling 2009 ont muri très rapidement, poussant le domaine à se hâter pour ramasser le raisin en une semaine seulement. Le vin ne semble pas tout à fait en place, jouant sur la retenue, mais on sent une matière dense et le profile d'un rouleau compresseur. Wait !

Riesling Grand Cru Engelberg 2008 : nez fin, un peu terpénique, minéral et floral. Celui-ci me semble également un peu sur la retenue. 

"Cuvée 8" 2010 : cette cuvée emblématique du domaine en hommage à la huitième génération qui travaille désormais au domaine (c'est Mélanie) rassemble 4 parcelles des cépages nobles alsaciens (Riesling Silberberg, Pinot Gris Tradition, GW Silberberg et le Muscat "3 Demoiselles"). A ce stade, aucun des 4 cépages ne domine les débats : c'est au contraire un un très joli patchwork doté d'une bouche saline et sensuelle. C'est élégant, original et ça peut-être déroutant pour celui qui cherche à s'accrocher à certains standards.

"Cuvée 8" 2007 : au nez, c'est le Riesling qui prend le dessus. Contrairement au 2010, il possède plus de rondeur, avec quelques sucres résiduels. Un vin fondu qui se tend sur la finale.

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Pinot Gris Tradition 2010 : nez de bergamote qui semble proposer d'emblée une certaine maturité, ce qui se confirmera en bouche. Habituellement peu amateur de ce cépage, je dois reconnaître que c'est bien fait.

Pinot Gris Sélection 2008 : aspect plus lardé, plus riche aussi. Avec ses 28 grammes de sucre résiduels, la matière se fait aérienne grâce à une très jolie acidité. Le fabuleux millésime 2008 a encore frappé !

Gewurztraminer Silberberg 2009 : un "gewurzt" délicat et floral, un peu poivré, relativement sec en bouche sur une longueur plus que correcte. Le fond de verre m'évoque le sparadrap, marque des grands liquoreux du sud-ouest.

Gewurztraminer Grand Cru Engelberg 2007 : toujours cette aromatique cadrée et peu exubérante qui signe les vins du domaine. Fruits jaunes, ananas, litchi : la bouche est dotée d'une remarquable fraîcheur, sur un équilibre quasi sec.

Riesling Silberberg Vendanges Tardives 2003 (60 g/SR) : terpène et camphre que l'on retrouve aussi en bouche. Une longueur moyenne et un ensemble un peu pataud, la faute à ce millésime hors-norme très certainement.

Gewurztraminer Obere Hund Sélections de Grains Nobles 2007 (116 g/SR) : dominante de fruits exotiques et de confit, la liqueur est accentuée par une acidité rafraîchissante et requinquante. Comme pour le Gewurztraminer Silberberg 2009, le fond de verre est marqué par des notes de sparadrap. TOP !

Nous pouvons tranquillement repartir en Normandie, conforté dans le sentiment que nous présagions : les vins sont sans fioritures, parfaitement cadrés, propres, à la structure toujours tonique. Ce que j'aime dans les vins du domaine, c'est leur identité clairement définie : c'est sec ou sucré mais pas mollasson. En ce qui concerne les prix, là aussi c'est une bonne surprise : 9,5 € le Muscat et le Riesling Silberberg, 11 € la cuvée "8", 15,5 € le Riesling grand cru Engelberg.

Un grand merci à Marie-Anne et Mélanie pour leur accueil et pour ce moment de plaisir, verre à la main !

Domaine Pfister
53, rue Principale
67310 Dahlenheim
+33 3 88 50 66 32
vins@domaine-pfister.com
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