Les bouteilles de Maigremont

09 avril 2013

Eclectique de printemps pour LPV Haute-Normandie

Tiens donc, une éclectique ! 24 ème rencontre des viking et thème de transition, choisi pour patienter notre prochaine thématique autour des Bordeaux et ses petites appellations. Celle-ci était prévue mais repoussée à cause de quelques désistements.

C'est parti, autour de la table préparée par Me Ludovic du restaurant le Jean Bouin à Evreux. N'oublions pas madame, qui maîtrise parfaitement son sujet côté cuisine.

En attendant les retardataires et parce que c'est toujours sympa de fêter les anniversaires des participants, Benoit est le premier à jouer du tirebouchon avec un Limoux "Toques et Clochers" 2008 du Sieur D'Arques : c'est toujours intéressant de voir comment se comporte un chardonnay hors des contrées bourguignonnes. Du volume, de la fraîcheur, des arômes acidulés mais une pointe chaleureuse en final, qui ne peut renier son origine méridionale. Notre tavernier qui lui n'a rien à fêter, mais veut nous faire plaisir en jouant lui aussi pendant cette éclectique, passe à l'ouvrage : des arômes floraux, un équilibre parfaitement sec et assez long. J'ai senti un moment quelques notes d'abricots qui m'ont conduit à penser qu'il pouvait s'agir d'un vin à base de viognier. Très honnêtement, je n'ai aucune idée de ce que ça peut-être et pourtant, j'ai gouté ce vin il y a à peine 15 jours lors du salon d'Evreux. Le vin sait montrer un côté "canaille" qui me plaît d'autant plus qu'il est simple, mais sérieux. C'est un Alsace du Domaine Rietsch, "Entre Chien et Loup" (assemblage d'Auxerrois et de Pinot Blanc)

A partir de là, nous commençons la dégustation. Les vins sont servis généralement par paire, à l'aveugle (sauf pour moi) et accompagnés du repas.

Riesling "Rittersberg" 2008, Bernhard & Rebel et Savennières "l'Enclos" 2006, Eric Morgat
Le Riesling joue le registre du sol : minéral, une pointe de terpène, mais aussi de champignon frais. Bouche relativement tendue et avenante, tempérée par un joli volume et une finale de bon niveau. 2008 me fait du charme, c'est le type de vin qui me parle, qui me plait beaucoup. J'aime également l’authenticité du Savennières de Morgat. Des notes de vernis, de colle à l'amande, mais de fruits blancs avant tout. Belle bouche, tout en délicatesse, longue et finement incisive. Je mets ces 2 vins au même niveau, tant au niveau de la qualité que du plaisir.

Pernand Vergelesses 1er cru "le Clos du Village" 2006, Domaine Rapet Père & fils. Servi seul pour l'occasion. Au nez, l'aromatique est tendre, presque pomme au four, on flirte avec d'étonnantes effluves d'une boisson locale normande, lisez de cidre ! En revanche en bouche, ça semble conforme : très belle entrée en matière, qui impose un rythme dynamique. Tension, volume, élevage parfaitement intégré, longueur, tout y est. J'adore, merci Marc !

Sur un magnifique mille feuilles d'écrevisses, un Meursault "les Grands-Charrons" 2006 de Vincent Dancer et un Chablis 1er cru

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"Montée de Tonnerre" 2006 du Domaine Raveneau. Un poil de soufre présent sur le Dancer, mais le nez est une vraie baffe sur les fruits blancs, un modèle. En le humant, on espère une chose : que la bouche soit du même niveau. C'est le cas : c'est fin et riche à la fois, tendu, l'acidité est enrobée par une matière compacte et longiligne. Magnifique vin, merci Jeff ! Le Raveneau est d'un tout autre registre : c'est moi où nous sommes à proximité des sanitaires ? Une réduction manifeste qui ne s'est malheureusement pas dissipée, alors que son propriétaire nous indique qu'à l'ouverture ça se présentait bien. La matière en bouche est pourtant belle (citronnée), la finale saline généreuse, mais je reste déçu de ne pas avoir abordé ce vin dans les meilleurs conditions. Merci Fred pour cette belle étiquette.

Changement de couleur : les rouges

Saumur-Champigny "Crescendo" 2009 de Dominique Joseph et Lalande de Pomerol 2009 du Château Haut-Sarget. Le Saumur flirte avec des senteurs natures, pas plus dérangeante que ça. Le nez est bien mur, sans aucunes sensations de végétal, bien au contraire, on a affaire à une corbeille de fruits rouges. On ajoute à cela un chouille de volatile et le tout s'engage bien. Bouche croquante, mordante, quiqu'un peu jeune, qui mériterait 2 ou 3 ans d'attente. Un joli vin, qui n'a rien à voir avec le Lalande qui suit : heuuuuuu, y a du vin normalement dans la bouteille ?

Autre duo. Un Cabardès "Vent d'Est" 2010 du Domaine de Cabrol et un Rioja "Crianza" 2009 de la bodega Luis Cañas. Le Cabardès est un vin pour parfumeur : quel nez !! Explosif, il s'articule autour de la pivoine, la rose et les fruits rouges acidulés, complété par une touche poivrée. L'attaque en bouche est encore un peu saillante mais ne manque pas de caractère, bien mûr celui-là. Joli vin, plaisant à boire. Passons au Rioja, qualifié de "Meilleur vin du Monde" dans sa catégorie de prix. Donné par mon beau-frère espagnol, la veille de la dégustation, il était temps de voir ce qu'un public d'amateurs, mais non averti de cette bouteille pouvait en penser. Pour ma part, je trouve le vin agréable, sans grand caractère. Il manque de profondeur et soufre après le Cabardès, qui lui est bien supérieur tant au niveau du prix que du plaisir (13.5 € contre 8.5 € pour l'Ibère). Alors non, on ne pourra dire que c'est pas le meilleur vin du monde dans sa catégorie, parce qu'il existe autant de vins dans cette fourchette de prix qui font plaisir que de palais différents, mais à ce prix, je ne pense pas qu'on soit volé. Accordons lui comme circonstances atténuantes : il venait de faire 1500 km en avion la veille :)

Parmentier de confit de canard et Alpine Valley "Ergo Sum" 2008, Domaine Beechworth (Australie) et Châteauneuf du Pape 2004, Domaine Pierre Usseglio. On entre dans l'dur avec cette paire... et pourtant. L'australien possède un nez charmeur, crémeux, sans tomber dans l'excès, avec un profil presque bourguignon. La bouche offre un beau volume et du répondant et monte en puissance après une attaque subtile. Beau vin qui en possède encore sous la pédale évidement. Un hic : le prix (70 €). Le Châteauneuf est d'un tempérament plus calme. D'évidence plus âgé, j'aime ces notes de vieux bois et de cerise à l'eau de vie qu'il propose. On s'imagine dans le chai avec de vieilles foudres (c'est une supposition, mais ce sont les images qui me venaient à l'esprit en dégustant ce vin. Heiin, c'est le cas ? :) ). La bouche va bien avec le parmentier de canard, même si j'aurai préféré d'avantage de puissance sur le coup, le vin manquant d'un peu de coffre. On va pas faire le difficile, j'ai bien aimé ce vin, mais il me semble avoir entendu quelques détracteurs se prononcer sur son cas.

Un Côtes du Roussillon Villages "Hypogée" 2002 du domaine de la Serre Vin est servi seul pour assurer la transition. Entre deux âges, un peu fatigué, une amertume prononcée, pas conquis par ce vin, d'autant qu'il doit couter environ une trentaine d'euros. 

Assiette de fromages savoyards. Les blancs de début de dégustation font leur retour.

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Puis avec le cheese cake, un Gaillac blanc doux "Renaissance" 2007 du domaine Rotier. Cuvée bien connue des haut-normands, car elle fait régulièrement son apparition. Pierre et Sébastien doivent en ouvrir une bonne douzaine par an :). Le nez est toujours aussi enjôleur avec des arômes concentrés d'abricot, de coing et une pointe de safran. Bouche riche et concentrée agrémentée d'une remarquable acidité. Très beau vin, dessert à lui tout seul !

Et le p'tit dernier, pour achever cette belle journée : Sauternes 2009, Dartess/LD Vin. Un nom de code un peu bizarre pour ce vin : pas de producteur, mais un négociant qui achète des parties de lots à des propriétés un peu huppées. Il y aurait une bonne partie d'Yquem... Pas trop de souvenirs et les notes sur mon cahier sont vides (c'est mauvais signe ? ). Le breuvage m'est apparu concentré, mais cadenassé et verrouillé. A revoir.

Merci à tous pour cette belle journée et à très bientôt pour de nouvelles aventures. Amis bretons, préparez-vous, c'est tout ce que je peux vous dire !



02 février 2013

VinSeine, salon des vins bio (Rouen 23 & 24 mars 2013)

Il n'y a pas de raison que ce salon s'arrête en si bon chemin : encore une fois, une sélection de vignerons qui font juste et qui font bon.

Cette 3ème édition du salon normand des vins Bio se déroulera à Rouen (aéroport de Boos) les 23 et 24 mars 2013 (10 h/20h00 et 10 h/18h30).
Organisé par le Rotary Club Rouen Bruyères, VinSeine 2013 donnera la possibilité à 35 vignerons en agriculture biologique de présenter plus de 200 cuvées différentes. Le prix de l'entrée est 3 € (avec le prêt d'un verre) et les bénéfices seront attribués à la recherche médicale de la faculté de Médecine de Rouen.affiche 2013
Alsace/Jura
: domaine Bernhard et Reibel, Jean Ginglinger, domaine des Marnes Blanches. Loire : domaine du Gué d'Orger, Florent Cosme, château Plaisance, domaine des Jumeaux, Terre de Roa, domaine des Rebourgères, domaine de la Noblaie, Clos des Quarterons, Cyrille Sevin. Bourgogne/Beaujolais : d'Ys, domaine Chasselay, domaine de Thalie, château des Bachelards, domaine Ballorin et filles, Henri Gros, Roland Pignard. Bordeaux/Sud-Ouest : château Brandeau, domaine Rousset-Peyraguey, château Raymond Tapon, château Couffins, château de Mayragues, domaine Coquelicot, château d'Aix, château Fages. Champagne : Lucie Cheurlin. Rhône/Corse : domaine Clusel Roch, le domaine de Lucie, château Simian, Stéphanie Olmeta. Languedoc-Roussillon : domaine Mamaruta, Villa Symposia, domaine Thuronis, domaine Leyris Mazière.

 

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Salon du vin d'Evreux (2 et 3 mars 2013)

Succès grandissant pour ce salon qui commence à attirer de plus en plus de normands mais pas que...

Le 5ème salon du vin d'Evreux (27) verra son lot de nouveautés. 4 vignerons supplémentaires dans la Halle des Expositions pour atteindre 40 au total : l'alsacien Jean-Pierre Rietsch, Mathieu Coste des Coteaux du Giennois, Julien Ilbert du Château Combel la Serre en appellation Cahors et le Château de Terride à Gaillac feront le voyage pour la première fois les 2 et 3 mars 2013.
Autre nouveauté : si vous n'y connaissez pas grand chose en matière de vin mais que vous avez envie de vous faire plaisir, des membres du Rotary ou des amis de Bacchus seront là pour vous guider sur le salon en fonction de vos envies et préférences !

Restauration possible sur place assurée par le Jean Bouin

Entrée 5 € avec un verre, dont les bénéfices iront au profit de l'Association des Familles de Traumatisés Crâniens (AFTC 27) et de l'Hôpital de la Musse. Allez hop hop, on se mobilise !

Liste complète des vignerons sur le site du salon

salon Evreux 13

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18 janvier 2013

Rencontre avec Stéphane Tissot : conteur d'histoire pour les grands enfants (domaine André et Mireille Tissot)

Quand j'serai grand, j'voudrai être comme Stéphane Tissot !

Première incursion au pays du jaune et du Comté. Le week-end annuel des Maigremont au pays de ceux qui transforment le raisin en vin, est toujours propice aux découvertes, aux bons moments et à la franche rigolade. Au fil du temps, peu de rencontres vigneronnes se sont montrées sans intérêts. Nombre d'entre-elles ont été instructives, enrichissant nos connaissances et façonnant notre état d'esprit vinique. Et ce n'est pas celle-ci qui allait nous prouver le contraire ! Rencontre avec Stéphane Tissot, celui qui raconte des histoires... aux grands enfants que nous sommes.

DSC_0554Aller dans le Jura sans rencontrer une figure emblématique comme Stéphane Tissot, c'est un peu comme un car de chinois qui vient à Paris sans passer par les Champs Élysées ou la Tour Eiffel. Non pas qu'on y fasse la queue, mais séjourner quelques jours dans cette merveilleuse région sans goûter chez un des vignerons les plus influents de la région, c'est vouloir ne pas faire ses gammes et réfuter les fondamentaux.

Stéphane nous accueille le samedi matin : poignée de main franche, large sourire, "la vie est belle" comme il aime à dire et comme on a coutume d'entendre dans le coin. "Demain, c'est la communion de mon fils, alors je suis désolé, mais je ne pourrai pas vous consacrer la journée". Stéphane, c'est un bâton de dynamite, prêt à s'enflammer à tout instant. Nous on veut bien passer la journée avec lui, mais ce sont nos femmes qui ne vont pas être d'accord ! Qu'à cela ne tienne, nous sommes invités à entrer dans la salle de dégustation du domaine à Montigny les Arsures, qui jouxte la maison parentale.

Le domaine Tissot, c'est 46 hectares répartis autour de la commune d'Arbois, avec quelques incursions plus confidentielles en pays de Château-Chalon. Ce domaine, Stéphane le tient de ses parents Mireille et André. Nous aurons l'occasion de serrer la main et de discuter quelques instants avec ce dernier. On y apprendra que pendant quelques temps, la tension entre le père et le fils était réelle. "Mon père n'a pas mis les pieds dans les vignes pendant un an. Nous n'étions pas d'accord sur la façon de conduire la vigne. Mais maintenant tout va bien" :-))

"Plop" : c'est parti avec les Crémant du Jura, qui représentent 20 à 30 % de la production du domaine et qui tentent de faire face à la demande pressante du consommateur. On commence par le Crémant du Jura Extra Brut (non dosé, moins de 3 grammes de sucre résiduel), base 2010). Le dentifrice est encore présent et témoin d'une matinée à peine entamée mais se dissipe dès la première gorgée (50 % Chardonnay) : la bulle est fine, le vin occupe bien le terrain. Il sait se montrer docile grâce à 40 % de Pinot Noir. Intéressante complexité, dès l'entrée de gamme des bulles, avec en complément 5 % de Poulsard pour autant de Trousseau. Légère amertume finale. L'Indigène est parfaitement cadré, laisse la bouche fraîche, avec sa finale riche et nette (aucun surcre résiduel). On prélève un "pied de cuve" de vin de paille et on démarre la fermentation. D'où le nom de cette cuvée "Indigène". Le "BBF" (Blanc de Blancs) Extra Brut est tendu comme une arbalète. Ce 100 % Chardonnay est élaboré à partir de 75 % d'une base 2006 qui a vieillit en fût pendant un an, pendant que 25 % d'une base de 2007 s'élève en cuve. Après l'assemblage, le tout repose gentiment pendant 52 mois sur lattes. A l'ouverture, ce n'est pas pour les p'tites filles : c'est très vif, mais quand passe l'intensité des bulles, on a affaire à un vin riche, avec fond et un joli fruité. Le genre de bulles qui laissent la bouche nette, fraîche et prépare le palais à passer à table.

Stéphane se lève, prend ses clefs de voiture et nous demande si nous souhaitons faire un tour dans les vignes avec lui. Demandez à une meute de beaucerons s'ils veulent rester enfermés devant la fenêtre qui donne sur le jardin ?

Nous arrivons après quelques minutes de voiture sur la parcelle des Bruyères à Arbois. "Les anciens avaient déjà tout compris de la complexité des sols et des différences de sous sols à l'intérieur même d'une parcelle" nous explique Stéphane.

cheminLes Bruyères, à gauche

A gauche, exposé plein sud "les Bruyères" (argile du trias sur un sous sol de marnes bleues) et à droite séparée par un chemin en terre, une parcelle qui n'appartient pas au domaine (calcaire du Bajocien). Seulement 3 mètres les séparent, mais tellement différents d'un point de vue pédologique.

Bruyères

Le Jura, mosaïque de terroirs, est né de la conjonction de l'affaissement il y a 80 millions d'années de la plaine de la Saône (formant la plaine de la Bresse) et de la poussée des Alpes il y a 50 millions d'années. Le massif des Alpes a tout bousculé sur son passage : les sous-sols argileux se sont retrouvés en haut et représentent désormais 70 % du sol jurassien. Arbois est aujourd'hui 5 km plus éloigné qu'il y a 5 millions d'années !

Et comme une différence n'apparait jamais seule : le domaine, qui possède 6 hectares de parcelle du lieu-dit "Les Bruyères" sur les 30 au total, nous montre la différence entre un sol travaillé (sa parcelle) et un sol non travaillé (celle du voisin). La terre du sol travaillé est plus fine, ne fait pas de boulettes, ne casse pas sous la pression des doigts. Au contraire, grâce à la matière organique combinée aux argiles, elle reste souple et retient une certaine forme d'humidité, ce qui permet à l'eau de ne pas raviner lors des fortes pluies.

DSC_0555Un sol travaillé VS un sol non travaillé

Désormais, les 46 hectares du domaine sont totalement convertis en bio : c'est Stéphane qui a pris cette décision, au moment d'en reprendre officiellement les rênes. "Je suis venu au bio par les travaux de la cave : je faisais les vinifs et mon père s'occupait des vignes. On s'est aperçu qu'avec les traitements qui subissait la vigne, les levures devenaient fainéantes". Depuis 1999 et le passage en agriculture biologique, les fermentations se déroulent dans de meilleures conditions. "Les sols sont travaillés et comme dit mon père, je vais de l'avant en faisant marche arrière car mon grand père n'utilisait pas de traitements et travaillait les sols". En 2004, une étape supplémentaire entre dans le processus de l'atteinte du naturel : la mise en place de traitements biodynamiques, résultat de constatations faites lors de voyages d'études notamment à l'étranger.

Nous nous rendons maintenant à la parcelle de la Mailloche, à Arbois. Pour savoir tout ce qu'il faut sur ce bout de paradis (j'adore cette cuvée ! ), il vous suffit de vous rendre ici. Quelques kilomètres en voiture pour découvrir un sol particulier, qui à n'en pas douter donne un profil différent au vin. La partie de la parcelle où nous nous trouvons vient d'être replantée de chardonay roses. C'est un terroir "minute" : la fenêtre de tir allouée pour travailler le sol est minuscule. L'argile du lias devient dure comme du marbre quand l'heure H pour labourer est dépassée ! La vigne est plantée dans le sens d'une pente assez douce en direction d'Arbois et donne une sensation de "zénitude".

Tour de C depuis MaillocheLa tour de Curon au fond, vue depuis la Mailloche

Nous remontons en voiture, direction le clos de la Tour de Curon. Pour l'atteindre, nous traversons les vignes de poulsard, trousseau, chardonnay et savagnin. Les sols sont des éboulis calcaires qui recouvrent la roche mère du Bajocien. Cette petite parcelle de 72 ares sur le lieu-dit "les Corvées" se compose de 2 terrasses et d'un plateau. Elle a été replantée en haute densité (12000 pieds/hectares) lors de son rachat en 2002 par Stéphane Tissot, après plus de 40 années de friche.

TourLa parcelle du Clos de la tour de Curon, plantée de chardonnay sur échalas 

La tour qui porte le même nom date de 1820 et servait de tour de garde pour empêcher les vols de raisin, très fréquents au 19è siècle ! Stéphane et son équipe ont restauré la toiture et les menuiseries. L'intérieur reste à réhabiliter, mais c'est sympa de pouvoir y faire un tour, d'autant plus que Stéphane possède toujours la clef sur lui :-).

volets

La vue depuis le Clos, qui domine très légèrement Arbois est à couper le souffle ! Il s'en dégage une énergie tonifiante. C'est magnifique !

vue ArboisArbois, village vigneron emblématique du Jura

Retour au domaine, pour déguster les millésimes à la vente et même un peu plus...

Nous commençons par les chardonnay ouillés. Arbois 2010, les Bruyères : l'objectif est de vendanger le chardonnay à maturité, sans jamais dépasser la limite puis d'élever sur lies fines. Le vin se présente avec un beau fumé et de beaux amers. Longue finale citronnée. Un vin tout en tension, caractéristique du millésime 2010, grand dans le coin. Côtes du Jura 2010, en Barberon : 2 hectares situés à 20 km d'Arbois sur des argiles du lias, similaires au terroir de Château-Chalon. Nez légèrement vernis, chèvrefeuille. Bouche grasse déjà complexe terminant sur des notes florales et d'anis. Arbois 2010, les Graviers : pas de doute, le vin est marqué par une certaine identité : fumé, pierre humide et un côté presque terpénique. Bouche soutenue par une belle trame acide, qui termine encore une fois par des notes florales. Côtes du Jura 2010, Sursis : 1,25 hectare de savagnin et 50 ares de chardonnay de  l'aire d'appellation Château-Châlon, d'où le nom "Sursis". Délicat, parfumé et élégant, il dévoile un corps fin avec une puissance contenue sur les agrumes et les épices. Arbois 2009, Clos de la Tour de Curon : 5 fûts et 2 ans d'élevage. Le vin s'impose en deux temps : délicat et fin, puis la finale citronnée impose une certaine forme de puissance. La finale est longue et savoureuse soutenue par de fins amers.

blles

Stéphane part quelques instants à la cave chercher une bouteille. Pas d'étiquette, on jouera donc à l'aveugle. La robe a changé de teinte, elle s'est "patinée". Moins brillante, elle signe d'un vin de quelques années qui se positionne à l'avant de la bouche, sur des saveurs de graines de sésame grillées et de fumé. Le vin est ciselé, précis, charnu et gagne en volume en finale. Superbe Mailloche 2006 ! La Mailloche, y a pas à dire, c'est quand même un pu... d'vin ! Un autre, afin de constater qu'il n'y a pas de petits vins : notes d'asperges, de truffes et rocailleux. Le vin se détend en final, mais reste largement buvable. C'est un Arbois 1994, Chardonnay Classique
Changement de couleur. Les rouges : le Poulsard "DD", Arbois 2012 (sans soufre) se boit facilement, lui qui mérite une attention particulière parce qu'il est égrappé avec les 10 doigts des deux mains. Groseille, épices, poivre. Un vin de fruit, pour consommateur pressé. Avec le Poulsard Vieilles Vignes 2011, on gagne en intensité et en densité. Il mérite d'être attendu un peu, faut pas pousser. En ce qui concerne le Trousseau Singulier, Arbois 2010, c'est la griotte et les fruits rouges acidulés qui s'en mêlent : cet autre cépage rouge autochtone du Jura est tardif : comme un ado, il a besoin de temps pour murir.

Mi-temps de cette dégustation plaisir. Stéphane Tissot nous expose une version un peu inattendue sur la création du clavelin. Vous savez, c'est cette fameuse bouteille de 62 cl qui contient les vins jaunes. Le Jura, comme les Flandres, ont appartenu au 17 ème siècle à l'Espagne. En Amérique du Sud, terres qui appartenaient également aux ibères à cette époque, la bière était mise en bouteille de 62 cl. Il s'en est fallu de peu, finalement, pour importer ce contenant...

Vous le savez peut-être, mais Stéphane Tissot est un infatigable vinificateur. Il s'amuse à vinifier des cuvées qu'il estime identitaires. Certain lui reprochent d'en faire trop et ne plus s'y retrouver. C'est vrai, nous ne sommes pas chez Macle (encore que) avec seulement 2 cuvées de vins tranquilles (à la vente pour l'acheteur lambda). Si vous examinez bien le tarif en cours, ce ne sont pas moins de 24 cuvées différentes que l'on peut acheter.
On comprend aisément qu'il faut un peu de dextérité à celui qui ne connait pas les vins du domaine pour tomber dans le mille en ce qui concerne les goûts. Si vous êtes de passage dans la région et plus particulièrement à Arbois (gros bourg de 3500 habitants), le caveau de dégustation situé sur la place centrale pourra vous aider. C'est l'antre de Bénédicte, la femme de Stéphane qui, même si elle aide son vigneron de mari à prendre les décisions en ce qui concerne les vinifications et les nouvelles cuvées, se dirige plus naturellement vers l'accueil du public et la vente. "Elle joue un rôle primordial, car bien souvent, c'est elle que l'on voit quand on pousse les portes du caveau. De plus pendant la période des vendanges, c'est elle qui mène seule l'équipe de 55 vendangeurs" explique Stéphane.

Tenez, en matière de vinification, voici ce à quoi Stéphane s'essaye en ce moment. Il existe une cuvée de savagnin vinifiée en amphore (macération préfermentaire en amphore). Et bien il va jusqu'à différencier les amphores qui contiennent du savagnin égrappé à la machine de celles qui contiennent du savagnin égrappé à la main !

jaunes

Le Savagnin Arbois 2008 possède un joli corps, supporté par une grande acidité. Encore un peu autoritaire, il vient de passer 30 mois en fût sous voile et sans ouillage, ses notes de rancio et de noix devraient s'affiner avec le temps. La savagnin il faut le savoir, est un cépage doté d'une acidité importante. "Les Bruyères", Arbois Vin Jaune 2005 (exposition sud), est une bonne entrée en matière pour aborder le "jaune" comme on dit ici. L'objectif de son géniteur est d'en faire un vin onctueux et élégant. Rien ne dépasse : il impose d'emblée classe et longueur. "En Spois" Vin Jaune 2005 (terroir du Trias exposé Est) affirme par contre une certaine puissance. Fumé voir tourbé, la longueur est aussi là ! Enfin,  "La Vasée" elle aussi un jaune 2005 (terroir du Trias situé au nord de l'appellation Arbois) est une invitation à la méditation : profond, un peu moins tourbé que son prédécesseur, il n'a pas encore tout à fait digéré un boisé qui l'emmène pour l'instant sur des notes de Whisky. Amateur de vins Jaunes réjouis-toi : la Mailloche, que tu vénères peut-être pour son expression aromatique si particulière, devrait voir le jour en version... jaune ! Il faudra être patient et attendre 2017 pour enfin acheter le millésime 2010. C'est pas une bonne nouvelle ça ?
Tiens, au rayon des nouveautés : un Savagnin 2005 Dévoilé. Kézako cette chose ? 12 pièces de bois étaient destinées à faire un cuvée de vin oxydatif (millésime 2005). Allez savoir pourquoi, seules 6 pièces ont pris le voile ; les 6 autres le refusant. Du coup, on a la puissance d'un vin jaune, sans les notes de noix ou de curry. Finale sur le caramel au beurre salé. Intéressant !

Nous terminons cette séance de dégustation par les vins liquoreux : le premier à faire remonter le taux de glycémie en cette fin de matinée est la Spirale 2007. Stéphane récolte le raisin passerillé, le fait sécher sur un lit de paille et presse le savagnin (60 %), le poulsard (20) et le chardonnay (20) ensemble. Résultat : 300 grammes de sucre résiduel au litre, qui passent comme une lettre à la poste. Cela reste digeste et on sent bien l'acidité agrémentée de notes de raisin de Corinthe et de thé. Mais cette Spirale joue petit bras à côté du PMG 2007 : un moût de raisin partiellement fermenté "Pour Ma Gueule" à près de 400 grammes de sucre.  Affirmer qu'après ça on ne peut plus rien boire, c'est se mettre le doigt dans l’œil : il en reste un ! Le Macvin rouge vient remettre les compteurs à zéro : 2/3 de Pinot Noir macéré, muté avec 1/3 de marc du domaine. Nous terminons cette séance dégustation par une surprenante fraîcheur, Corinthe, sucre Candy et une finesse incroyable pour un Macvin.

groupeLa troupe du jour. Manque David, derrière l'appareil photo pour le coup !

4 heures viennent de passer à la vitesse de l'éclair ! Nous avons découvert un personnage d'une sympathie incroyable, pas avare d'histoires, d’anecdotes et d'une gentillesse ultime. On sent l'homme passionné, engagé, à la recherche constante d'innovations. A maintenant 42 ans, Stéphane est considéré comme quelqu'un de dynamique et de talentueux. Quand on lui demande ce qu'il a encore à prouver ou quels sont ses objectifs à moyen terme, il répond simplement : "je cherche d'une part à mettre en place de nouvelles vinifications, avec en ce moment une cuvée de Trousseau élevée en amphore. Côté vignes, je recherche la mise en avant du terroir. Tiens, l'année prochaine nous allons défricher un hectare au-dessus de la Tour de Curon. On plantera ensuite 50 ares de Savagnin cette année et 50 autres ares l'année suivante. Le Jura est une région qui sait allier tradition et innovation. Je ne suis pas le seul à être dynamique, il suffit de regarder les vignerons de la région. Ca bouge ici ! ". Avec près de 35 cuvées qui sont élaborées chaque année, n'est-ce pas un peu trop ? Pour l'amateur à la recherche de sensations, non. Pour celui qui apprécie le vin sans en faire une religion non plus : il trouvera à coup sur une cuvée qui correspondra à son goût.

Immense merci à Stéphane Tissot pour ces moments de bonheur. Après tout ça "La vie est forcément belle".

 

Domaine André et Mireille Tissot
39600 Montigny les Arsures
Tel : +33 3 84 66 08 27
@ : stephane.tissot.arbois@wanadoo.fr 

 

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14 octobre 2012

Laisse les Bandol à Denise et en voiture Simone

OK jeunes gens, vous pouvez toujours me fouetter pour deux raisons. D'abord pour l'absence de billets sur ce blog depuis quelques temps (fainéantise, panne d'ordi perso...) et pour ce titre adapté depuis sa dernière version et pour le moins un brin racoleur !

Quand LPV Haute-Normandie se met au travail au restaurant le Jean Bouin à Evreux autour des vins de Provence, ça donne à peu près ce qui va suivre. Une belle et grande journée d'amitié et de partage (comme d'hab) d'une qualité à faire pâlir les meilleurs constructeurs allemands de berlines ! 

Les vins sont servis à l'aveugle, souvent par paire et dévoilés avant de passer aux suivants. L'excellent repas préparé par Ludovic Mandine (amateur de bonnes bouteilles) et sa femme, les tenanciers du restaurant a permis d'accompagner les vins d'une façon intelligente et adapté au thème du jour.

Let's go, parce qu'il y a des bouchons à faire sauter !

Quelques blancs pour créer le passage.
1 - Private Gallery, Vin de Pays des Portes de Méditerranée 2010, "les Terroirs d'Altitude"
2 - Château de Pourcieux, Côtes de Provence 2008
Le Private Gallery, on le connait un peu. C'était le coup de cœur de Marie lors d'une précédente dégustation LPV. Il se goute comme il y a quelques mois : salin, citrique au nez. La bouche est simple et tendue, de fruits à chaire blanche. Simple mais efficace, même si la finale saline relève un peu plus la note d'ensemble. Le château de Pourcieux est dans un registre totalement différent : plus pommadé, plus "élevé" certainement. Il affiche une corpulence plus enrobée et un volume intéressant, étoffé par des notes de caramel et d'abricot.
Deux profils totalement différents. J'accorde un match nul pour cette première joute.

rougets

3 - Château Simone blanc, Palette 2009
4 - Château Simone blanc, Palette 2005
Duo servis avec une salade de rougets et son minestrone de tomates et champignons.
Avec ce match, on entre dans le vif du sujet ! Le 2009 est floral, fruits jaunes, foin au nez. Attaque douce en bouche, qui prend un incroyable volume avec une puissance contenue. Le vin est long, il est sublime avec les rougets. Le 2005, c'est un peu les retrouvailles. Le bois semble s'être un peu intégré 5 ans après notre dernière rencontre, mais il est encore présent, de façon plus mesurée. La robe est magnifique, elle brille par son doré. SimoneAvantage pour ma part au 2009, qui malgré sa jeunesse brille par son intensité et sa déjà complexité. Attention tout de même : avec ce duo, on n'est pas chez mémé. Simone en blanc, c'est tout de même aux alentours de 30 € la bouteille. On peut donc espérer que le plaisir soit au rendez-vous. Il l'était ! L'accord fonctionne parfaitement avec les rougets.

5 - Henri Milan, VDT de France MMVIII, Le Grand Blanc. Un Grand Blanc seul pour l'occasion. Le nez est rectiligne, un peu pomme, avec des relents de sel. Bouche au volume moyen, à la sensation crayeuse. Mais l'aspect un peu trop nature me gêne. Pas trop requinqué par ce Grand Blanc.

6 - Domaine des Baguiers, Bandol rosé 2011 : mes copains de goulot ont dit que c'était bon. Je veux bien les croire. Pas mon truc cette couleur là.

Changement de couleur : nous passons aux rouges

7 - Château Revelette, Vin de Pays des Bouches du Rhône 2008, le Grand rouge
8 - Domaine Pieracci, Bandol 2008
Le Revelette  possède un nez puissant mais superbe : chocolat, cerise noire. En bouche, l'attaque est d'emblée saline avec une sensation mentholée. Une petite accroche tannique mais rien d'inquiétant. Ce vin devrait bien vieillir ! Le Pieracci est construit sur la longueur et l’onctuosité. Fruits noirs, le toucher de bouche est caressant. Facile et déjà accessible. Très beau et aussi intéressant que le Revelette. A noter que ces deux vins sont dotés d'une belle longueur.

9 - Domaine Hauvette, les Baux de Provence 2008, Améthyste Hauvette
10 - Domaine Henri Milan, les Baux de Provence 2006, le Clos
Le Hauvette présente un nez avec un peu d'acidité volatile. Le fruit est cependant aguicheur et claquant. La bouche est gourmande, longiligne, pure, portée par de beaux amers et des tannins de grande qualité. A ce moment de la dégustation, je me pose la question avec mon voisin de gauche (Fred, le p'tit nouveau) s'il n'y aurait pas un peu de vendange entière. Y en a certainement, mais pas que ;-)
Le Milan de 6 ans d'âge offre un nez un peu différent, même si le fruit semble bien préservé : épices, cigare, un peu de vernis. Bouche classieuse et longue. C'est un joli vin, même si pas encore prêt.
Ma préférence, à ce stade va à l'éclatant Hauvette !

Sur une jambonnette de volaille farcie et gratin dauphinois maison...

11 - Château de Rousset, Coteaux de Pierrevert 2005, Grand Jas. Le nez à l'allure d'un "cabernet" : serré, un brin végétal aux effluves de poivron. La bouche est légèrement déviante (bouchon), n'offrant certainement pas le plaisir que j'avais eu à boire cette bouteille dans sa jeunesse (RIP, c'était ma dernière)

12 - Château Simone, Palette 2006
13 - Domaine du Toasc, Bellet 2006
Vincent et Franck enfilent leur plus beaux tee-shirt pour servir leur vin respectif.

Maiden
Encore un peu d'élevage pour Simone, mais quel nez encore : fruits rouges bien murs, champignons frais, relents de caramel. De la fraîcheur en bouche, de l'allonge sur une finale épicée. J'aime beaucoup ! Le Toasc de la confidentielle appellation Bellet ne ressemble pas à ce qu'on à l'habitude de rencontrer : normal, avec ses 65 % de Folle Noire et 5 % de Braquet. Nez crémeux, pétales de roses, texture tendre et souple en bouche mais qui ne manque pas d'allant. Encore un très beau duo et match nul pas si nul bien au contraire.

Nous entamons une mini étude de l'appellation Bandol. Le fromage fait son apparition : briouates de chèvre frais.

14 - Domaine du Gros Noré, Bandol 2001
15 - Domaine de la Tour de Bon, Bandol 2001
Le Gros Noré offre un nez généreux sur le sureau, les fruits noirs et les épices telles le poivre. Bouche ample, puissante mais contenue par une acidité remarquable. Finale ronde et un peu chaude. 10 ans de bouteille mais son heure n'est pas encore arrivée. La Tour du Bon propose un nez de cerise à l'eau de vie, de genièvre. En bouche, l'attaque se fait crémeuse puis ça se complique rapidement : les amers prennent le dessus, elle est très puissante et l'alcool domine la finale. Bof

Dernier duo du jour

16 - Domaine Lafran-Veyrolles, Bandol 2004, Cuvée Spéciale
17 - Château Pradeaux, Bandol 2001

Pradeaux

Le Lafran-Veyrolles représente pour moi la classe par excellence : nez fin, fait de camphre, menthol et de fruits noirs claquants. La bouche accroche légèrement mais tout y est : puissance, équilibre, fraicheur, profondeur, acidité, tannins fins. Un vin complet, qui entame à peine son plateau de maturité. Quel plaisir à présent, mais rien ne presse. Le Pradeaux arbore une couleur évoluée, au disque orangé. Le nez complexe est un peu sur les abats, orange sanguine, camphre encore, sous bois. La bouche parait plus évoluée que son âge réel sur des saveurs de cerises à l'eau de vie et de notes thym et de laurier. Un beau vin fondu.

Merci à tous pour cette très belle dégustation ! Peu de déchets. Merci également au Jean Bouin pour son accueil. Encore une dure journée qui s'achève :-D

 

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27 juin 2012

Passage au domaine Pfister, Dahlenheim (67)

Quand avec David nous partons depuis la Normandie pour une petite fête organisée en Alsace chez les amis Luc et Brigitte, c'est le moment idéal pour une visite chez les Pfister, chose que nous devions faire depuis un moment déjà ! Il n'a pas été nécessaire de ruser pour convaincre tout ce petit monde pour se déplacer au domaine, à Dahlenheim dans les Bas-Rhin : les critiques de la presse spécialisée sont bonnes, il est temps de constater par nous même.

pancarte

Nous sommes accueillis au caveau familial par Mélanie. Quand en 2000, s'est posé la question de la succession d'André, les 3 filles de Marie-Anne et André ont chacune des carrières diverses mais brillantes. Seule Mélanie allait finalement rejoindre le domaine en 2006, pour prendre officiellement les rênes 2 ans plus tard. Une reprise en douceur, avec peu de changement dans la façon d'opérer, si ce n'est quelques ajustements. Il faut dire que le papa, dès 1972, avait bouleversé la région et les traditions qu'il tenait lui même de son père, en innovant, comme la mise en place de régulations thermiques pendant les vinifications, la vendange en vert et en développant des prototypes avec la société Braun, constructeur allemand de machines pour le travail des sols.

Si à l'heure actuelle, pas mal de domaines ne peuvent argumenter un "pseudo" bio sans avoir de labellisation, le domaine Pfister ne se cache pas et n'est engagé dans aucun processus. "C'est une question de bon sens, nous utilisons des produits lessivables avec l'efficacité la plus mesurée et ciblée possible, sur des sols qui sont travaillés, ce qui permet de traiter moins souvent. De plus, nous sommes contre l'utilisation abusive du cuivre, qui fait plus de dégâts qu'on ne pense" précise Marie-Anne, professeur de physique/chimie désormais à la retraite.

Le domaine qui couvre 10 hectares, produit tous les cépages alsaciens (à l'exception du sylvaner) à hauteur d'environ 60000 bouteilles par an... moins quelques unes qui vous sont comptées ici !

Crémant d'Alsace. Le Crémant est une tradition qui date du début des années 80. Il est élaboré pour répondre à une demande forte de la part du consommateur en recherche de bulles !  41 mois de lattes pour cette base 2007 à proportion égale de chardonnay et de pinot blanc/auxerrois. Un crémant à l'ossature droite, tout en tension mais à la bulle fine. Le vin s'étoffe et s’arrondit dès que pointent les fruits blancs et l'aromatique briochée. J'aime beaucoup et en général, il fait mouche pour ouvrir un repas !

Pinot Noir 2009 : un peu réduit au départ, la bouche est serrée et l'objectif est d'en faire un vin de fruit et de plaisir. C'est assez réussi.

bouteilles1

Pinot Noir Barriques 2008 : peu extrait, souple, profond avec un magnifique fruité qui raisonne. Il y a comme un côté "chambolien" dans ce vin, qui offre une magnifique finale épicée. Pas étonné d'apprendre que les 13 à 14 mois passés en fût, le sont dans d'anciens contenants de Vosne-Romanée, provenant d'un domaine qui a accueilli Mélanie pendant un stage d'étude : Méo-Camuzet. Très beau vin !

Pinot Blanc 2010 : bouche assez simple, fumé, coquillage et finale acidulée (ça, c'est la marque du millésime 2010, qui la porte un peu plus tranchante que 2009)

Muscat 2010 "les 3 Demoiselles" : dans leur jeunesse, les 3 filles de Marie-Anne et André ébourgeonnaient cette parcelle de muscat, qui porté désormais leur nom. Un muscat de la variété Ottonel, qui offre moins exubérance que le muscat d'Alsace (ou à petits grains). Le nez possède beaucoup de charme et de finesse. Malgré un peu de gaz en bouche, cette dernière est parfaitement sèche, mais offre encore rondeur et une silhouette élancée. Un très beau muscat, d'un équilibre fraîcheur/fruit remarquable. Un peu atypique, on ose penser que la cuisine, même avec des accords osés ne lui feront pas peur.

Riesling Silberberg 2010 : nez d'une grande délicatesse, patine d'antiquaire, floral sur un fond de caillou humide. En bouche, l'attaque se fait en douceur, sur des touches de curry et s'intensifie grâce à une finale un peu crayeuse. J'aime beaucoup ce vin et l’énergie qu'il dégage. A garder en toute confiance en cave.

Riesling Grand Cru Engelberg 2009 : les riesling 2009 ont muri très rapidement, poussant le domaine à se hâter pour ramasser le raisin en une semaine seulement. Le vin ne semble pas tout à fait en place, jouant sur la retenue, mais on sent une matière dense et le profile d'un rouleau compresseur. Wait !

Riesling Grand Cru Engelberg 2008 : nez fin, un peu terpénique, minéral et floral. Celui-ci me semble également un peu sur la retenue. 

"Cuvée 8" 2010 : cette cuvée emblématique du domaine en hommage à la huitième génération qui travaille désormais au domaine (c'est Mélanie) rassemble 4 parcelles des cépages nobles alsaciens (Riesling Silberberg, Pinot Gris Tradition, GW Silberberg et le Muscat "3 Demoiselles"). A ce stade, aucun des 4 cépages ne domine les débats : c'est au contraire un un très joli patchwork doté d'une bouche saline et sensuelle. C'est élégant, original et ça peut-être déroutant pour celui qui cherche à s'accrocher à certains standards.

"Cuvée 8" 2007 : au nez, c'est le Riesling qui prend le dessus. Contrairement au 2010, il possède plus de rondeur, avec quelques sucres résiduels. Un vin fondu qui se tend sur la finale.

2

Pinot Gris Tradition 2010 : nez de bergamote qui semble proposer d'emblée une certaine maturité, ce qui se confirmera en bouche. Habituellement peu amateur de ce cépage, je dois reconnaître que c'est bien fait.

Pinot Gris Sélection 2008 : aspect plus lardé, plus riche aussi. Avec ses 28 grammes de sucre résiduels, la matière se fait aérienne grâce à une très jolie acidité. Le fabuleux millésime 2008 a encore frappé !

Gewurztraminer Silberberg 2009 : un "gewurzt" délicat et floral, un peu poivré, relativement sec en bouche sur une longueur plus que correcte. Le fond de verre m'évoque le sparadrap, marque des grands liquoreux du sud-ouest.

Gewurztraminer Grand Cru Engelberg 2007 : toujours cette aromatique cadrée et peu exubérante qui signe les vins du domaine. Fruits jaunes, ananas, litchi : la bouche est dotée d'une remarquable fraîcheur, sur un équilibre quasi sec.

Riesling Silberberg Vendanges Tardives 2003 (60 g/SR) : terpène et camphre que l'on retrouve aussi en bouche. Une longueur moyenne et un ensemble un peu pataud, la faute à ce millésime hors-norme très certainement.

Gewurztraminer Obere Hund Sélections de Grains Nobles 2007 (116 g/SR) : dominante de fruits exotiques et de confit, la liqueur est accentuée par une acidité rafraîchissante et requinquante. Comme pour le Gewurztraminer Silberberg 2009, le fond de verre est marqué par des notes de sparadrap. TOP !

Nous pouvons tranquillement repartir en Normandie, conforté dans le sentiment que nous présagions : les vins sont sans fioritures, parfaitement cadrés, propres, à la structure toujours tonique. Ce que j'aime dans les vins du domaine, c'est leur identité clairement définie : c'est sec ou sucré mais pas mollasson. En ce qui concerne les prix, là aussi c'est une bonne surprise : 9,5 € le Muscat et le Riesling Silberberg, 11 € la cuvée "8", 15,5 € le Riesling grand cru Engelberg.

Un grand merci à Marie-Anne et Mélanie pour leur accueil et pour ce moment de plaisir, verre à la main !

Domaine Pfister
53, rue Principale
67310 Dahlenheim
+33 3 88 50 66 32
vins@domaine-pfister.com
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25 mai 2012

Vendredis du Vin #46 : Syrah, la globe-trotteuse enjôleuse…

Ca fait bien longtemps que je n'ai pas participé aux Vendredis du Vins. Je crois bien que la dernière fois, c'était l'épisode 28, présidé par la grand manitou alsaco non dépressif, Patrick Bottcher. Je ne sais pas non plus ce qui a pris à Doc de prendre la présidence ce mois-ci : ce 46ème volet lui rappellerait-il son âge, sa pointure ou le nombre de photos de lui sur internet ?! D'ailleurs, le Doc existe-t-il vraiment, qui pourrait en témoigner ?

Toujours est-il que ça me fait plaisir de revenir à ces VdV, surtout avec ce thème qui correspond plutôt bien avec la type de vin que j'aime : "nordiste, sudiste, du pacifique à l'Atlantique, parlez-nous de votres syrah favorite". Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas vous parler de celle que j'affectionne au point de tuer ma belle-mère pour l'ouvrir, mais d'une découverte récente. La deuxième édition du "salon des vins bio" (sisi !) de Rouen-Boos m'a permis de découvrir un petit domaine qu'il est tout nouveau, tout beau : le domaine de Lucie. Lucie Fourel, la vigneronne,  n'en est pas à son coup d'essais dans les vignes. Ses parents sont vignerons depuis bien longtemps et vendent leurs raisins à la cave de Tain l'Hermitage. Lucie qui a appri à marcher en se tenant aux fils de palissage des vignes, s'est installée toute seule comme une grande en 2006. Une exploitation en polyculture (vignes et abricotiers) d'une surface de 3,5 hectares en appellation Crozes-Hermitage et 3 hectares d'abricotiers. En 2007, c'est le lancement de l'exploitation toute entière en bio. Jusqu'en 2009, les raisins partent à la coopérative et puis en 2010, c'est le grand saut : son premier millésime ! Si à 35 ans, Lucie, ancienne étudiante en langue et commerce international souhaite se destiner pleinement à sa passion, ce ne sont pas les nombreux stages chez Vincent Paris (Cornas), au domaine Prunier (Auxey-Duresses), au château de la Tuilerie (Costières de Nîmes) et enfin la référence pour elle chez Clusel Roch (Côte-Rôtie) qui l'ont fait changer d'objectif, bien au contraire !

St Jaimes

Crozes-Hermitage "St Jaimes" 2010 : 1,2 hectares en bordure de Rhône, rive gauche, dans le quartier de st Jaimes à Mercurol. De vieilles vignes quarantenaires sur limon et sable témoins de la présence du fleuve il y a quelques centaines de milliers d'années. Le système racinaire s'y enfonce facilement sur 1 mètre 20, puis ce sont les galets et les graviers qui prennent le relais. C'est un terroir stressant, qui oblige les racines à se battre pour donner à manger à la plante.
2010 donc, premier millésime produit à hauteur de 6000 bouteilles. Une bonne partie des raisins a été vendu à un négociant. "Les rendements ne sont pas bien élevés (25 à 30 hl/ha), mais je voulais réussir et donner le meilleur pour mon premier millésime en solo, ce qui m'a permis de me concentrer sur une quantité "jouable" ".

Passé le premier nez et quelques effluves sauvages, l'air lui apporte un style plus affiné et poli... On trouve un joli nez expressif, de fruits noirs, d'épices orientales et de poivre. On sent déjà une belle maturité, sans excès. La bouche est avenante, aussi charmeuse que sobre, c'est un vrai bonbon : fruits acidulés, juste équilibre de la maturité, fraîcheur, gourmandise et un soyeux qui fait son apparition au moment où vous pensiez avoir fait le tour de la question.

Au final, une belle découverte, un très bon vin, frais et brillant à l'image de sa charmante jeune vigneronne, dont le cœur n'est plus à prendre (je vous vois venir les gars), puisque son compagnon, Sébastien Wiedmann est aussi de la partie, de l'autre côté du fleuve sur St Joseph.
A découvrir donc. Ce Crozes-Hermitage St Jaimes 2010, j'adore pas : j'aime tout court !

 

Le domaine de Lucie
Lucie Fourel

741, chemin des Levées
26600 Tain l'Hermitage
+33 6 14 24 57 14
luciefourel@hotmail.fr

 

Au passage, une bise pour Iris et une autre pour Lisa Roskam et Lolo Baraou créateurs des VdV

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20 mai 2012

Visite chez Alain Graillot, Crozes-Hermitage

St Joseph avec Pierre Gonon, Côte-Rôtie avec le domaine Gangloff. Nous redescendons un peu plus au sud pour nous attaquer à la célèbre appellation Crozes-Hermitage.

Vaste appellation (1130 hectares) qui propose blancs et rouges, la vigne de l'appellation sont disposées en terrasse ou en palissage sur des coteaux granitiques, d'anciennes alluvions du Rhone, de galets roulet, de graves ou de loess.

On y trouve de tout, du mauvais mais aussi du bon. Ici, nous sommes bercés par quelques cépages emblématiques : Marsanne et Roussane pour les blancs et sa majestée la Syrah pour les rouges.
En 1985, nous le verrons plus tard, un irréductible de 41 se démarque de ce qui se fait de consensuel en appellation Crozes-Hermitage : Alain Graillot. Pas d'herbicides, pas d'insecticides au domaine. Toutefois, la mention bio n'est pas revendiquée. A ce jour, le domaine travaille ses 21 hectares à la charrue sur sol plat et au treuil ou à cheval lorsque les vignes sont en coteaux (15 en rouge, 3 en blanc. 20 en appellation Crozes-Hermitage, 1 en St Joseph et symboliquement à hauteur de 10 ares sur l'appellation Hermitage).

Le domaine situé à Pont de l'Isère n'est pas simple à trouver : pas une indication dans le village, pas une pancarte à l'entrée. Lorsque nous arrivons, Alain est en pleine discussion téléphonique et en espagnol s'il vous plait. Un espagnol d'un très bon niveau, qui lui permet d'être le conseiller de plusieurs domaines ibères mais également en Afrique du nord comme au Maroc. Une reconversion qui assure à 68 ans et depuis 2008, une transition en douceur à la bonne tenue du domaine, à ses fils Antoine et Maxime. Ce dernier n'en n'est pas à son coup d'essais, puisqu'il mène désormais les domaines Graillot et celui des Lises qui lui appartient.

Bon, il est temps de se rendre compte par nous même si le vin est aussi bon que ce qu'on peut entendre dire  !

Nous commençons par descendre au sous-sol, au niveau destiné aux blancs. Les chais sont assez récents et fonctionnels, mélange de modernisme et de tradition, utilisant classiquement le principe des niveaux pour la gravité des raisins et des jus pendant les différentes étapes des vendanges et du début de la vinification. La structure béton de l'ensemble permet le maintient et le contrôle des températures.

cave blanc


Le Crozes-Hermitage blanc chez Graillot utilise deux cépages : la Marsanne à hauteur de 80 % et la Roussane pour compléter. Une partie des jus est élevé en cuves inox et l'autre en fûts anciens. L'embouteillage par capsule à vis intervient en avril suivant l'année de la vendange.
Le Crozes blanc 2011 prélevé sur fût est délicat, fin et tendu. "D'habitude, on a affaire à un vin plus puissant avec plus d'alcool. 2011 est un millésime léger". Le 2010 servi en bouteille, outre posséde une très belle couleur lumineuse. Son corps est plus imposant que son cadet d'un an, avec ses notes florales, de miel et de verveine. La finale légèrement saline achève d'en faire un vin agréable. D'après Alain Graillot, les terroirs sur lesquels reposent les vignes ne permettent pas d'en faire des vins de grande garde. L'objectif est d'en faire des vins simples, de plaisir immédiat, à boire rapidement sur leur fruit.

Nous remontons au niveau du plancher des vaches pour découvrir les rouges. L'objectif est d'intégrer une vendange entière. Même si c'est un millésime "compliqué", un tri drastique est effectué dans les vignes, ce qui permet d'élever le jus d'une vendange entière (avec la rafle) en cuvée béton fermée et en fût de un vin. "Au début, on m'a regardé de travers. Maintenant, certain font comme moi, c'est que ça doit être bon ! Mais attention, la rafle doit être parfaitement mure, sinon c'est la catastrophe". Un peu que c'est bon. Parmi les quelques bouteilles du domaine dégustées ailleurs et sur place, jamais il n'a été fait état d'un quelconque trait vert ou d'un ensemble manquant de maturité. Au terme de 12 mois, le vin est mis en bouteille.

Alain Graillot nous sert un peu de Crozes rouge 2011, tiré du fût pour l'occasion (malo faites). "2011 est un millésime sans pression particulière, où nous avons pris notre temps pour vendanger". Le vin est évident, ça pète de fruit. La structure n'est pas immense, mais on l'imagine bien le boire avant les merveilleux 2009 qui pourraient s'installer dans la durée et les grands 2010 qui sont une très belles surprise. "Du coup, ça fera un millésime de restaurateur ! ". Justement, parlons du 2010 : c'est une magnifique syrah, très fine, au corps soyeux mais ne manquant pas de nerfs. Tout petit rendement final (année sèche, un peu comme 1989), plaisir immense, le grain de tannin est diabolique, très fin et rend l'ensemble attirant et enivrant ! Une petite bombe en devenir. Amateur de Syrah, mets-toi immédiatement en chasse de cette bouteille ! Le Crozes-Hermitage 2009 n'est pas en reste. Servie en demie-bouteille, celle-ci devrait se refermer d'ici peu d'après Alain. "Elle est parfaite actuellement et me fait penser en tout point au millésime 1990" annonce fièrement son géniteur.
Nous terminons la dégustation par un Crozes rouge 1997. La couleur est évoluée sur le disque du verre, très légèrement orangée. Le nez est lui aussi évolué, c'est fumé et il appelle irrémédiablement le gibier. Malgré ses presque 15 ans, la bouche occupe encore une belle présence. Le voila le fameux effet vendange entière ! On est loin de la syrah croquante et juteuse d'un millésime récent, mais plutôt sur un équilibre bourguignon, caressant, avec une pointe d'orange et de clou de girofle. Seule la finale un peu "lâche" trahit son âge respectable.
Il existe également une autre cuvée de Crozes-Hermitage rouge : "la Guiraude". Genre de super cuvée provenant d'une sélection des meilleurs fûts. Nous n'aurons pas l'occasion d'y goûter.

Alain Graillot

Un grand merci à Alain Graillot pour ses explications, son savoir et son temps alloué aux petits adorateurs de la syrah que nous sommes !

 

Alain Graillot
Les Chênes Verts
26600 Pont de l'Isère
+33 4 75 84 67 52
graillot.alain@wanadoo.fr

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17 mai 2012

Diverzévarié : des bulles et un peu de tout

Une soirée éclectique avec les Maigremont, c'est étonnant, et en général ça marche du tonnerre ! Il existe une ambiance détendue. La qualité des bouteilles (peu de déchets) fait qu'on ne s'ennuie jamais et que l'on passe en général une bonne soirée. Celle-ci n'allait pas déroger à la règle.

La soirée s'articule autour de 2 thèmes finalement. Le premier, choisir parmi 5 Champagne celui que l'on pourrait sélectionner pour le CE de l'entreprise qui nous emploie pour majorité. Une règle quand même : autour de 15 €. Compliqué, impossible ? Pas tellement finalement. Le deuxième : gouter quelques bouteilles sans thème précis, provenant de nos caves personnelles.

Allez zou, on fait péter les bouchons ! Les bouteilles ont été sélectionnées auprès de producteurs ou négociants dignes de confiance, que l'on connait. Les bouteilles sont cachées et servies seules. Avant de passer à la suivante, une question est posée aux 9 dégustateurs/trices : "êtes vous prêt à mettre 15 € pour acheter ce Champagne ? ". Les cuvées sont dévoillées une fois la série de 5 dégustée (C = Chardonnay. PN = Pinot Noir. PM = Pinot Meunier)

1 er Champagne : les bulles sont nombreuses et fines, mais pas envahissantes. Sur un registre de fruits à chaire blanche, l'ensemble est vif, tendu et la fine amertume finale requinque le tout. La bouche est nette et fraîche. Un beau Champagne que l'on imagine aussi bien à l'apéritif qu'avec un poisson. C'est un Assailly Leclaire et fils, Blanc de Blancs Brut cuvée Réserve Grand Cru (100 % C). 9 voix sur 9, c'est donc le grand gagnant ! Champagne que l'on a déjà eu l'occasion de boire à plusieurs reprises.

2 ème Champagne : le nez est assez expressif. Le dosage semble plus marqué. La bulle s'estompe rapidement mais ce qui marque, c'est que le breuvage parait agé, et même vieux, avec des arômes pas très nets. C'est un Brut de Maurice Grumier (33 % C, 33 % PN, 33 % PM). 1 voix sur 9

3 ème Champagne : le registre est radicalement différent : le Champagne est vineux, rond, pomme au four, pain grillé et affirme en bouche un côté plus consensuel que les autres. C'est correcte, même s'il reste un peu molasson à notre goût. C'est un Brut Cuvée Prestige de Roland Chardin (80 % C, 20 % PN). 1 voix sur 9.

4 ème Champagne : le nez est fin, classe et parait bien travaillé avec un côté fumé. La bouche est tout aussi élégante, nette et précise, d'agrume qui impose une certaine acidité. Finale sur la noisette. Un beau Champagne de gastronomie qui pourrait convenir sur des viandes blanches ou à l'apéritif, avec comme seul petit reproche de manquer d'un peu de coffre. C'est un Brut Cuvée de Réserve de Pierre Gerbais (75 % C, 25 % PN). 6 voix sur 9.

5 ème Champagne : le nez crayeux et minéral à souhait est doté également de notes de pêches et de poires. L'ensemble est au départ sticte mais s'ouvre ensuite sur une maturité intéressante. Bonne longueur. C'est un Brut Réserve Blanc de Blancs de G Tribaut (100 % C). 5 voix sur 9.

capsules

Comme quoi, trouver un Champagne de qualité pour environ 15 € n'est pas impossible !

Nous n'allions pas nous quitter en si bon chemin. Ré-ouverture des hostilités : places aux vins tranquilles. Comme d'hab, c'est à l'aveugle que ça se passe...

Aligoté 2010, Emmanuel Sainson : nez assez ouvert, "peu soufré ?", sur des notes lactées. Bouche souple, de mirabelle, de caramel mais ne manquant pas d'arguments à commencer par une remarquable densité. Joli vin, qui pourrait me réconcilier avec l'aligoté, qui fait que je n'aime pas ce cépage surtout lorqu'il donne des vins lourds.

Menetou-Salon blanc 2010, domaine Alain Belleville : notes de buis, végétales mais sans excès. Bouche gourmande, relativement bien équilibrée par son acidité. Beau vin, qui pourrait se placer aussi bien à l'apéritif qu'avec des fruits de mer ou hors d'oeuvre simples.

Hermitage blanc "Chante-Alouette" 2005, M. Chapoutier : nez frisant avec l'oxydation (pointe de noix), puissant. Bouche bien élevée, ample et généreuse offrant de riches saveurs de fruits blancs. Longue finale sur des amers prégnants. Avis partagés sur l'appréciation de cette bouteille, certains lui reprochant son élevage un peu trop appuyé et un côté molasson. Un vin de gastronomie plus que de dégustation pure.

Fleurie Vieilles Vignes 2010, domaine de la Grand' Cour : attention, ça dépote ! Ce vin glougloute un max avec une belle complexité : poivre, épices qui tapissent la bouche, magnifique fraîcheur, gros retour du fruit en finale. La famille Dutraive signe ici un vin remarquable et qui prouve encore une fois que les crus du Beaujolais peuvent plaire à beaucoup.

St Emilion 2005, château le Grave Figeac : encre d'école, avec une assise végétale, belle astringence et bonne longueur. C'est difficile de passer après le Fleurie, car l'ensemble est plus austère. Ca reste néanmoins correcte.

Faugères "Kallisté" 2008, domaine Balliccioni : nez ouvert à dominante de fruits noirs (cerise) sur une trame poivrée. Bouche précise et fruitée, d'herbes aromatiques (thym, laurier), offrant beaucoup de charme et une bonne longueur. Le domaine propose toujours des vins réguliers et je suis toujours étonné qu'ils ne soient pas plus connus que ça !

Minervois 2009, "la mère grand", Vignoble du Loup Blanc : le nez est mur, crémeux. La bouche est gourmande, à la fine acidité. L'ensemble sèchant un peu, nous oblige à penser qu'il faudra quelques années de garde pour harmoniser le tout et le gouter à son optimum. A attendre en toute confiance.

Côtes du Ventoux, "Persia 2010", domaine de Fondrèche : le vin affiche une maturité élevée, un peu confite, sur la mure, la violette et la cerise à l'eau de vie. Puissante, mais bien équilibrée, la matière en bouche est mure et répond à une jolie minéralité.

Merci à tous pour cette belle soirée. Un bien beau niveau qui montre encore qu'avec les éclectiques, on s'ennuit rarement !

 

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14 mai 2012

Visite du domaine Mathilde et Yves Gangloff

Novembre 2011. "Allo, c'est Yves Gangloff à l'appareil. Je réponds à votre message laissé sur mon portable. C'est OK pour que vous passiez au domaine avec votre club de dégustation". 3 secondes de blanc, avant de pouvoir sortir le moindre mot ! D'une part parce que c'est pas simple a obtenir un rendez-vous chez les Gangloff et puis entre temps, après avoir tenté de joindre Yves Gangloff au téléphone, ce dernier venait d'être frappé par une terrible nouvelle. La pire qu'il soit pour un homme et une famille. Alors nous avions fait une croix sur cette visite.
Finalement, nous ferons la route depuis notre gite de Chanos Curson. Nous allions vivre un grand moment de sensibilité et d'humilité en sa compagnie. Rien que pour tout cela, MERCI !

Y Gangloff

Si aujourd'hui le domaine jouit d'une belle réputation, elle n'est due qu'au travail et à la construction d'un certain rêve américain par le couple Gangloff. Un rêve d'enrichissement intellectuel qui s'est étoffé et consolidé à mesure que le couple s'est investi dans le domaine, sans avoir les yeux plus gros que le ventre.

Né à Strasbourg d'un père militaire, Yves vient rejoindre son frère Pierre au début des années 80 qui s'est installé dans une pièce du château d'Ampuis pratiquer l'art. Ne pouvant rester sans travail, Yves bien qu'artiste lui aussi, mais musicien, est contacté par la maison Delas pour venir travailler comme ouvrier pour remplacer quelqu'un parti sans donner de nouvelles. Il ne quittera plus le monde du vin... Mathilde elle, est originaire de Vienne, tout proche d'ici. Née d'un père industriel dans le tissus, elle rencontre Yves très jeune et fondent tous les 2 leur propre domaine. Pendant qu'Yves travaille chez Delas de 1980 à 1987, ils plantent leurs premières vignes dès 1984 en appellation Condrieu. Leur premier millésime sera 1988.
Tiens, nous en profitons pour tendre notre verre pour que Yves y verse un Condrieu 2010. Le nez est fumé, lacté et de caramel au beurre salé. La bouche est ample, sans sucre résiduel mais surtout c'est l'équilibre qui est notable malgré 15 % d'alcool (100 % Viognier).
Actuellement sur une surface totale de 8 hectares (3 en Côte Rotie, 2,5 en Condrieu, 2,5 en St Joseph dont 1,5 de blanc), le domaine a fait l'acquisition en 2007 de quelques hectares en AOP St Joseph. Le blanc 2010 (100 % Marsanne) affiche fraîcheur et tonicité sur un fruit présent et un élevage en demie-teinte.
Nous passons aux rouges, avec l'appellation phare du domaine : Côte-Rôtie. Imaginez qu'au début des années 80, que le couple avait emprunté à l'époque 80000 Francs pour un hectare. Maintenant, ce même hectare coûte un million d'euros ! "Du grand n'importe quoi, comment voulez-vous que les jeunes s'installent" s'insurge Yves, qui nous ouvre une Barbarine 2009 (96 % Syrah et 4 % Viognier). Habituellement, le terroir de Côte-Rôtie repose sur 1/3 de granite et 2/3 de schiste. Au domaine Gangloff, c'est l'inverse. Les vignes de cette Barbarine ont été plantées en 1989 jusqu'en 2002 et proviennent de 3 parcelles différentes mais de mêmes origines géologiques. Le vin est charmeur, profond, séveux et affiche une maturité parfaite. C'est long et il faudra se casser une jambe pour résister à ouvrir les quelques exemplaires achetés sur place !
Nous goutons la Barbarine 2010 sur fût. Pour commencer, la parcelle des "coteaux de Turpin" : très poivrée, clou de girofle. Une syrah expressive. Les tannins structurent l'ensemble prometeur avec entrain. La parcelle "le Combard" est d'une approche subtile et minérale. Le vin possède une magnifique profondeur et les parfums sont enivrants !

Etiquettes
Les étiquettes sont l'oeuvre de Pierre Gangloff, frère d'Yves


La Sereine Noire 2010 sur fût (parcelle du Rozier) est encore un peu sur la retenue. C'est la cuvée phare du domaine, produite à environ 5000 unités par an et nécessite quelques années de garde pour exprimer tout son potentiel.

Une bouteille de Barbarine 2001 achève de nous convaincre sur la qualité des vins. A peine évoluée, sur des notes de zan, de pivoine et d'orange sanguine, la bouche offre un touché subtil et crémeux. C'est à la fois sérieux et gourmand ! Excellent.

Que dire de notre visite ? Qu'elle fut touchante et que nous avons rencontré un homme discret, humble et timide de nous présenter ses vins, un peu comme s'il avait peur qu'on le juge. Ces derniers offrent une belle silhouette, à la texture crémeuse et profonde pour les rouges, à l'élégance soignée pour les blancs.

Encore tout bousculé du récent décès de Mathilde son épouse, Yves nous indique que plus rien ne sera comme avant. C'est désormais un nouveau départ qui s'annonce. Nous souhaitons à Yves de rebondir et de continuer à oeuvrer comme artiste du vin et à maintenir la tradition du domaine tout entier.

Merci Yves pour votre accueil !

 

Domaine Mathilde et Yves Gangloff
2, rue de la Garenne
69420 Condrieu
+33 4 74 59 57 04
gangloffy@wanadoo.fr

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