Visite chez Alain Graillot, Crozes-Hermitage
St Joseph avec Pierre Gonon, Côte-Rôtie avec le domaine Gangloff. Nous redescendons un peu plus au sud pour nous attaquer à la célèbre appellation Crozes-Hermitage.
Vaste appellation (1130 hectares) qui propose blancs et rouges, la vigne de l'appellation sont disposées en terrasse ou en palissage sur des coteaux granitiques, d'anciennes alluvions du Rhone, de galets roulet, de graves ou de loess.
On y trouve de tout, du mauvais mais aussi du bon. Ici, nous sommes bercés par quelques cépages emblématiques : Marsanne et Roussane pour les blancs et sa majestée la Syrah pour les rouges.
En 1985, nous le verrons plus tard, un irréductible de 41 se démarque de ce qui se fait de consensuel en appellation Crozes-Hermitage : Alain Graillot. Pas d'herbicides, pas d'insecticides au domaine. Toutefois, la mention bio n'est pas revendiquée. A ce jour, le domaine travaille ses 21 hectares à la charrue sur sol plat et au treuil ou à cheval lorsque les vignes sont en coteaux (15 en rouge, 3 en blanc. 20 en appellation Crozes-Hermitage, 1 en St Joseph et symboliquement à hauteur de 10 ares sur l'appellation Hermitage).
Le domaine situé à Pont de l'Isère n'est pas simple à trouver : pas une indication dans le village, pas une pancarte à l'entrée. Lorsque nous arrivons, Alain est en pleine discussion téléphonique et en espagnol s'il vous plait. Un espagnol d'un très bon niveau, qui lui permet d'être le conseiller de plusieurs domaines ibères mais également en Afrique du nord comme au Maroc. Une reconversion qui assure à 68 ans et depuis 2008, une transition en douceur à la bonne tenue du domaine, à ses fils Antoine et Maxime. Ce dernier n'en n'est pas à son coup d'essais, puisqu'il mène désormais les domaines Graillot et celui des Lises qui lui appartient.
Bon, il est temps de se rendre compte par nous même si le vin est aussi bon que ce qu'on peut entendre dire !
Nous commençons par descendre au sous-sol, au niveau destiné aux blancs. Les chais sont assez récents et fonctionnels, mélange de modernisme et de tradition, utilisant classiquement le principe des niveaux pour la gravité des raisins et des jus pendant les différentes étapes des vendanges et du début de la vinification. La structure béton de l'ensemble permet le maintient et le contrôle des températures.

Le Crozes-Hermitage blanc chez Graillot utilise deux cépages : la Marsanne à hauteur de 80 % et la Roussane pour compléter. Une partie des jus est élevé en cuves inox et l'autre en fûts anciens. L'embouteillage par capsule à vis intervient en avril suivant l'année de la vendange.
Le Crozes blanc 2011 prélevé sur fût est délicat, fin et tendu. "D'habitude, on a affaire à un vin plus puissant avec plus d'alcool. 2011 est un millésime léger". Le 2010 servi en bouteille, outre posséde une très belle couleur lumineuse. Son corps est plus imposant que son cadet d'un an, avec ses notes florales, de miel et de verveine. La finale légèrement saline achève d'en faire un vin agréable. D'après Alain Graillot, les terroirs sur lesquels reposent les vignes ne permettent pas d'en faire des vins de grande garde. L'objectif est d'en faire des vins simples, de plaisir immédiat, à boire rapidement sur leur fruit.
Nous remontons au niveau du plancher des vaches pour découvrir les rouges. L'objectif est d'intégrer une vendange entière. Même si c'est un millésime "compliqué", un tri drastique est effectué dans les vignes, ce qui permet d'élever le jus d'une vendange entière (avec la rafle) en cuvée béton fermée et en fût de un vin. "Au début, on m'a regardé de travers. Maintenant, certain font comme moi, c'est que ça doit être bon ! Mais attention, la rafle doit être parfaitement mure, sinon c'est la catastrophe". Un peu que c'est bon. Parmi les quelques bouteilles du domaine dégustées ailleurs et sur place, jamais il n'a été fait état d'un quelconque trait vert ou d'un ensemble manquant de maturité. Au terme de 12 mois, le vin est mis en bouteille.
Alain Graillot nous sert un peu de Crozes rouge 2011, tiré du fût pour l'occasion (malo faites). "2011 est un millésime sans pression particulière, où nous avons pris notre temps pour vendanger". Le vin est évident, ça pète de fruit. La structure n'est pas immense, mais on l'imagine bien le boire avant les merveilleux 2009 qui pourraient s'installer dans la durée et les grands 2010 qui sont une très belles surprise. "Du coup, ça fera un millésime de restaurateur ! ". Justement, parlons du 2010 : c'est une magnifique syrah, très fine, au corps soyeux mais ne manquant pas de nerfs. Tout petit rendement final (année sèche, un peu comme 1989), plaisir immense, le grain de tannin est diabolique, très fin et rend l'ensemble attirant et enivrant ! Une petite bombe en devenir. Amateur de Syrah, mets-toi immédiatement en chasse de cette bouteille ! Le Crozes-Hermitage 2009 n'est pas en reste. Servie en demie-bouteille, celle-ci devrait se refermer d'ici peu d'après Alain. "Elle est parfaite actuellement et me fait penser en tout point au millésime 1990" annonce fièrement son géniteur.
Nous terminons la dégustation par un Crozes rouge 1997. La couleur est évoluée sur le disque du verre, très légèrement orangée. Le nez est lui aussi évolué, c'est fumé et il appelle irrémédiablement le gibier. Malgré ses presque 15 ans, la bouche occupe encore une belle présence. Le voila le fameux effet vendange entière ! On est loin de la syrah croquante et juteuse d'un millésime récent, mais plutôt sur un équilibre bourguignon, caressant, avec une pointe d'orange et de clou de girofle. Seule la finale un peu "lâche" trahit son âge respectable.
Il existe également une autre cuvée de Crozes-Hermitage rouge : "la Guiraude". Genre de super cuvée provenant d'une sélection des meilleurs fûts. Nous n'aurons pas l'occasion d'y goûter.
Un grand merci à Alain Graillot pour ses explications, son savoir et son temps alloué aux petits adorateurs de la syrah que nous sommes !
Alain Graillot
Les Chênes Verts
26600 Pont de l'Isère
+33 4 75 84 67 52
graillot.alain@wanadoo.fr
Diverzévarié : des bulles et un peu de tout
Une soirée éclectique avec les Maigremont, c'est étonnant, et en général ça marche du tonnerre ! Il existe une ambiance détendue. La qualité des bouteilles (peu de déchets) fait qu'on ne s'ennuie jamais et que l'on passe en général une bonne soirée. Celle-ci n'allait pas déroger à la règle.
La soirée s'articule autour de 2 thèmes finalement. Le premier, choisir parmi 5 Champagne celui que l'on pourrait sélectionner pour le CE de l'entreprise qui nous emploie pour majorité. Une règle quand même : autour de 15 €. Compliqué, impossible ? Pas tellement finalement. Le deuxième : gouter quelques bouteilles sans thème précis, provenant de nos caves personnelles.
Allez zou, on fait péter les bouchons ! Les bouteilles ont été sélectionnées auprès de producteurs ou négociants dignes de confiance, que l'on connait. Les bouteilles sont cachées et servies seules. Avant de passer à la suivante, une question est posée aux 9 dégustateurs/trices : "êtes vous prêt à mettre 15 € pour acheter ce Champagne ? ". Les cuvées sont dévoillées une fois la série de 5 dégustée (C = Chardonnay. PN = Pinot Noir. PM = Pinot Meunier)
1 er Champagne : les bulles sont nombreuses et fines, mais pas envahissantes. Sur un registre de fruits à chaire blanche, l'ensemble est vif, tendu et la fine amertume finale requinque le tout. La bouche est nette et fraîche. Un beau Champagne que l'on imagine aussi bien à l'apéritif qu'avec un poisson. C'est un Assailly Leclaire et fils, Blanc de Blancs Brut cuvée Réserve Grand Cru (100 % C). 9 voix sur 9, c'est donc le grand gagnant ! Champagne que l'on a déjà eu l'occasion de boire à plusieurs reprises.
2 ème Champagne : le nez est assez expressif. Le dosage semble plus marqué. La bulle s'estompe rapidement mais ce qui marque, c'est que le breuvage parait agé, et même vieux, avec des arômes pas très nets. C'est un Brut de Maurice Grumier (33 % C, 33 % PN, 33 % PM). 1 voix sur 9
3 ème Champagne : le registre est radicalement différent : le Champagne est vineux, rond, pomme au four, pain grillé et affirme en bouche un côté plus consensuel que les autres. C'est correcte, même s'il reste un peu molasson à notre goût. C'est un Brut Cuvée Prestige de Roland Chardin (80 % C, 20 % PN). 1 voix sur 9.
4 ème Champagne : le nez est fin, classe et parait bien travaillé avec un côté fumé. La bouche est tout aussi élégante, nette et précise, d'agrume qui impose une certaine acidité. Finale sur la noisette. Un beau Champagne de gastronomie qui pourrait convenir sur des viandes blanches ou à l'apéritif, avec comme seul petit reproche de manquer d'un peu de coffre. C'est un Brut Cuvée de Réserve de Pierre Gerbais (75 % C, 25 % PN). 6 voix sur 9.
5 ème Champagne : le nez crayeux et minéral à souhait est doté également de notes de pêches et de poires. L'ensemble est au départ sticte mais s'ouvre ensuite sur une maturité intéressante. Bonne longueur. C'est un Brut Réserve Blanc de Blancs de G Tribaut (100 % C). 5 voix sur 9.
Comme quoi, trouver un Champagne de qualité pour environ 15 € n'est pas impossible !
Nous n'allions pas nous quitter en si bon chemin. Ré-ouverture des hostilités : places aux vins tranquilles. Comme d'hab, c'est à l'aveugle que ça se passe...
Aligoté 2010, Emmanuel Sainson : nez assez ouvert, "peu soufré ?", sur des notes lactées. Bouche souple, de mirabelle, de caramel mais ne manquant pas d'arguments à commencer par une remarquable densité. Joli vin, qui pourrait me réconcilier avec l'aligoté, qui fait que je n'aime pas ce cépage surtout lorqu'il donne des vins lourds.
Menetou-Salon blanc 2010, domaine Alain Belleville : notes de buis, végétales mais sans excès. Bouche gourmande, relativement bien équilibrée par son acidité. Beau vin, qui pourrait se placer aussi bien à l'apéritif qu'avec des fruits de mer ou hors d'oeuvre simples.
Hermitage blanc "Chante-Alouette" 2005, M. Chapoutier : nez frisant avec l'oxydation (pointe de noix), puissant. Bouche bien élevée, ample et généreuse offrant de riches saveurs de fruits blancs. Longue finale sur des amers prégnants. Avis partagés sur l'appréciation de cette bouteille, certains lui reprochant son élevage un peu trop appuyé et un côté molasson. Un vin de gastronomie plus que de dégustation pure.
Fleurie Vieilles Vignes 2010, domaine de la Grand' Cour : attention, ça dépote ! Ce vin glougloute un max avec une belle complexité : poivre, épices qui tapissent la bouche, magnifique fraîcheur, gros retour du fruit en finale. La famille Dutraive signe ici un vin remarquable et qui prouve encore une fois que les crus du Beaujolais peuvent plaire à beaucoup.
St Emilion 2005, château le Grave Figeac : encre d'école, avec une assise végétale, belle astringence et bonne longueur. C'est difficile de passer après le Fleurie, car l'ensemble est plus austère. Ca reste néanmoins correcte.
Faugères "Kallisté" 2008, domaine Balliccioni : nez ouvert à dominante de fruits noirs (cerise) sur une trame poivrée. Bouche précise et fruitée, d'herbes aromatiques (thym, laurier), offrant beaucoup de charme et une bonne longueur. Le domaine propose toujours des vins réguliers et je suis toujours étonné qu'ils ne soient pas plus connus que ça !
Minervois 2009, "la mère grand", Vignoble du Loup Blanc : le nez est mur, crémeux. La bouche est gourmande, à la fine acidité. L'ensemble sèchant un peu, nous oblige à penser qu'il faudra quelques années de garde pour harmoniser le tout et le gouter à son optimum. A attendre en toute confiance.
Côtes du Ventoux, "Persia 2010", domaine de Fondrèche : le vin affiche une maturité élevée, un peu confite, sur la mure, la violette et la cerise à l'eau de vie. Puissante, mais bien équilibrée, la matière en bouche est mure et répond à une jolie minéralité.
Merci à tous pour cette belle soirée. Un bien beau niveau qui montre encore qu'avec les éclectiques, on s'ennuit rarement !
Visite du domaine Mathilde et Yves Gangloff
Novembre 2011. "Allo, c'est Yves Gangloff à l'appareil. Je réponds à votre message laissé sur mon portable. C'est OK pour que vous passiez au domaine avec votre club de dégustation". 3 secondes de blanc, avant de pouvoir sortir le moindre mot ! D'une part parce que c'est pas simple a obtenir un rendez-vous chez les Gangloff et puis entre temps, après avoir tenté de joindre Yves Gangloff au téléphone, ce dernier venait d'être frappé par une terrible nouvelle. La pire qu'il soit pour un homme et une famille. Alors nous avions fait une croix sur cette visite.
Finalement, nous ferons la route depuis notre gite de Chanos Curson. Nous allions vivre un grand moment de sensibilité et d'humilité en sa compagnie. Rien que pour tout cela, MERCI !
Si aujourd'hui le domaine jouit d'une belle réputation, elle n'est due qu'au travail et à la construction d'un certain rêve américain par le couple Gangloff. Un rêve d'enrichissement intellectuel qui s'est étoffé et consolidé à mesure que le couple s'est investi dans le domaine, sans avoir les yeux plus gros que le ventre.
Né à Strasbourg d'un père militaire, Yves vient rejoindre son frère Pierre au début des années 80 qui s'est installé dans une pièce du château d'Ampuis pratiquer l'art. Ne pouvant rester sans travail, Yves bien qu'artiste lui aussi, mais musicien, est contacté par la maison Delas pour venir travailler comme ouvrier pour remplacer quelqu'un parti sans donner de nouvelles. Il ne quittera plus le monde du vin... Mathilde elle, est originaire de Vienne, tout proche d'ici. Née d'un père industriel dans le tissus, elle rencontre Yves très jeune et fondent tous les 2 leur propre domaine. Pendant qu'Yves travaille chez Delas de 1980 à 1987, ils plantent leurs premières vignes dès 1984 en appellation Condrieu. Leur premier millésime sera 1988.
Tiens, nous en profitons pour tendre notre verre pour que Yves y verse un Condrieu 2010. Le nez est fumé, lacté et de caramel au beurre salé. La bouche est ample, sans sucre résiduel mais surtout c'est l'équilibre qui est notable malgré 15 % d'alcool (100 % Viognier).
Actuellement sur une surface totale de 8 hectares (3 en Côte Rotie, 2,5 en Condrieu, 2,5 en St Joseph dont 1,5 de blanc), le domaine a fait l'acquisition en 2007 de quelques hectares en AOP St Joseph. Le blanc 2010 (100 % Marsanne) affiche fraîcheur et tonicité sur un fruit présent et un élevage en demie-teinte.
Nous passons aux rouges, avec l'appellation phare du domaine : Côte-Rôtie. Imaginez qu'au début des années 80, que le couple avait emprunté à l'époque 80000 Francs pour un hectare. Maintenant, ce même hectare coûte un million d'euros ! "Du grand n'importe quoi, comment voulez-vous que les jeunes s'installent" s'insurge Yves, qui nous ouvre une Barbarine 2009 (96 % Syrah et 4 % Viognier). Habituellement, le terroir de Côte-Rôtie repose sur 1/3 de granite et 2/3 de schiste. Au domaine Gangloff, c'est l'inverse. Les vignes de cette Barbarine ont été plantées en 1989 jusqu'en 2002 et proviennent de 3 parcelles différentes mais de mêmes origines géologiques. Le vin est charmeur, profond, séveux et affiche une maturité parfaite. C'est long et il faudra se casser une jambe pour résister à ouvrir les quelques exemplaires achetés sur place !
Nous goutons la Barbarine 2010 sur fût. Pour commencer, la parcelle des "coteaux de Turpin" : très poivrée, clou de girofle. Une syrah expressive. Les tannins structurent l'ensemble prometeur avec entrain. La parcelle "le Combard" est d'une approche subtile et minérale. Le vin possède une magnifique profondeur et les parfums sont enivrants !

Les étiquettes sont l'oeuvre de Pierre Gangloff, frère d'Yves
La Sereine Noire 2010 sur fût (parcelle du Rozier) est encore un peu sur la retenue. C'est la cuvée phare du domaine, produite à environ 5000 unités par an et nécessite quelques années de garde pour exprimer tout son potentiel.
Une bouteille de Barbarine 2001 achève de nous convaincre sur la qualité des vins. A peine évoluée, sur des notes de zan, de pivoine et d'orange sanguine, la bouche offre un touché subtil et crémeux. C'est à la fois sérieux et gourmand ! Excellent.
Que dire de notre visite ? Qu'elle fut touchante et que nous avons rencontré un homme discret, humble et timide de nous présenter ses vins, un peu comme s'il avait peur qu'on le juge. Ces derniers offrent une belle silhouette, à la texture crémeuse et profonde pour les rouges, à l'élégance soignée pour les blancs.
Encore tout bousculé du récent décès de Mathilde son épouse, Yves nous indique que plus rien ne sera comme avant. C'est désormais un nouveau départ qui s'annonce. Nous souhaitons à Yves de rebondir et de continuer à oeuvrer comme artiste du vin et à maintenir la tradition du domaine tout entier.
Merci Yves pour votre accueil !
Domaine Mathilde et Yves Gangloff
2, rue de la Garenne
69420 Condrieu
+33 4 74 59 57 04
gangloffy@wanadoo.fr
Visite du domaine Pierre Gonon, St Joseph
Pour notre pèlerinage annuel, une bonne partie du club s'est retrouvée en Rhône nord, pour un voyage au cœur de la syrah. La première étape de notre périple avec les Maigremont nous conduit au cœur de la prestigieuse appellation St Joseph.

Vue des vignes de St Joseph et du Rhône depuis la Croix de Peygros
L'appellation s'étend sur une frange de 60 km de large et court sur environ 50 km, sur la rive droite du Rhône. Quelques 1080 hectares, répartis principalement sur le département de l'Ardèche (07) et dans une moindre mesure la Loire (42), composés pour majorité de Syrah (pour les rouges qui constituent 90 de la production, taillé en gobelet) et de Roussanne et Marsanne pour les blancs (taillés en guyot). Il est donc aisé de penser qu'il existe une grande disparité de domaines au niveau qualitatif et l'on trouve de tout : du mauvais et heureusement du bon.
St Joseph se situe à la limite de l'influence méditerranéenne, c'est à dire à la limite entre chênes verts et oliviers. Côté sols et suivant où l'on se situe, l'appellation se compose de roches primaires des contreforts du massif central (granit, gneiss, micaschistes) pour la partie terrasses ou bien de terroirs sédimentaires (calcaires et argiles) dans le cas de vignes plantées en plaines.

Granit de Tournon
En terrasse, la vigne est en échalas (pieu servant à soutenir le pied de vigne) ce qui permet de planter un peu partout, surtout lorsque le terrain est escarpé et les pentes importantes. En plaine, elle est plantée selon la méthode plus classique dite du palissage (fil de fer).

Vignes plantées en échalas, dont les sarments sont regroupés en partie haute pour former un "pont".
La fanion bleu sur la gauche permet au pilote de se repérer lorsqu'il applique un traitement par hélicoptère.
Nous sommes au début de l'hiver. Sous un soleil magnifique et une température légèrement fraîche, Pierre Gonon nous accueille. Il dirige avec son frère Jean le domaine éponyme (son père s'appelait également Pierre). Quel bonheur de se retrouver ici, après un trajet la veille depuis notre plate Normandie long de quelques centaines de kilomètres ! Nous nous retrouvons dans les vignes du lieu dit "la Croix de Peygros", sur les hauteurs, entre Tournon et Mauves (Ardèche), berceau historique de l'appellation. La végétation y est diversifiée et les méandres du Rhône jamais très loin de la vue...


Si aujourd'hui, le domaine n'emploie plus de produits de synthèses, il n'en a pas toujours été le cas. Pierre, le père de Jean et Pierre, actuellement à la tête du domaine depuis la fin des années 80, travaillait les sols. Puis comme pour suivre la tendance et la popularité naissante des vins du Rhône, les traitements ont faits leur apparition, pour n'être délaissés définitivement qu'en 2003. Désormais, l'ensemble des 10 hectares que compte le domaine est certifié en agriculture biologique depuis le millésime 2011. Seuls les traitements comme le soufre et les tisane sont admis. Les sols sont travaillés : à cheval quand c'est possible et au moyen d'un treuil et d'une charrue quand les pentes font tourner la tête !
C'est Pierre Gonon qui se charge de nous en apprendre plus sur les vins de l'appellation, les sols, les traditions, la conduite de la vigne... Cela fait plus d'une heure que nous surplombons la ville de Tournon : il y règne une sensation étrange et pour le moins particulière. En contrebas, c'est la ville, avec tout ce qu'il y a de plus industriel : ses hangars, ses usines, ses rues bien passantes. Un brouhaha continu se fait entendre. De l'autre il y a ces vignes, ces arbres, ce soleil qui nous font oublier que quelques centaines de mètres plus bas, 10000 âmes y vivent ! Il y a une réelle impression de sauvage à la ville.
Allez, assez gambadé, direction la cave : il fait soif !
Le domaine propose aux amateurs 3 vins différents. 1 blanc en appellation St Joseph cuvée "les Oliviers" et 2 rouges : un Vin de Pays des Collines Rhodaniennes et un St Joseph.
St Joseph rouge 2010 : il s'agit d'un assemblage de plusieurs parcelles de l'appellation. Elles viennent d'être rassemblées en cuves inox, après avoir été élevées séparément en futs et attendent la mise en bouteille qui va intervenir dans quelques jours. C'est une syrah très nette qui délie sa panoplie d'épices et de thym. L'ensemble est longiligne, un peu serré mais ne manque pas de peps et d'arguments pour bien rentrer dans cette dégustation. Comment se situe ce millésime 2010 ? Réponse de Pierre Gonon : "c'est un beau millésime, mais il n'y a pas grand chose..."
Vin de Pays des Collines Rhodaniennes 2011 (sur fut). Droit sur un ensemble fumé et gourmand, même si le vin n'est pas encore épuré, on sent un joli potentiel.
St Joseph rouge 2011 (sur fut, vignes de 15 ans de la commune de Tournon) : le vin montre une prise de bois importante, mais pourtant, on a toujours affaire à cette ossature élégante, friande mais peut-être un peu plus légère que 2010.
St Joseph rouge 2011 (sur fut, vignes plantées après la première guerre mondiale sur la commune de St Jean de Muzols) : ces vieilles vignes permettent de vinifier une vendange entière (non égrapée) du fait de sa maturité. Le vin est subtil, longiligne, avec profusion d'épices. On sent une puissance contenue et une densité remarquable. Excellent !
St Joseph blanc 2011 (parcelle de l'Olivier, soutiré pour l'occasion) : 80 % marsanne, 20 % roussanne. Très beau fruit, éclatant et solaire. Un vin facile, souple et charmeur.
Nous poursuivons cette dégustation par quelques vins en bouteille.
St Joseph rouge 2008 : caractère très poivré, y compris en bouche, qui offre une souplesse plus prononcée. 2008 fût un millésime compliqué en Rhône nord, qui a engendré un tri drastique.
St Joseph rouge 2009 : magnifique vin, à la texture soyeuse, très équilibré, le plus complexe de tous ceux dégustés (thym, herbes aromatiques). Longue finale poivrée. Excellent
St Joseph rouge 2004 : cerise à l'eau de vie, tabac mais aussi tomates séchées. Bouche longue mais délicate. Bien
Voilà une matinée qui confirme tout le bien qu'on pensait des frères Gonon. Toujours dotés d'un bel équilibre, plutôt élégants, pas tapageurs, les vins proposent une silhouette élancée, pleine de fruit avec un fond des plus intéressant. Un seul petit problème : si l'on n'est pas client au domaine, il faudra faire un pacte avec un caviste pour trouver les vins, car les 30 à 40000 bouteilles produites annuellement partent trop vite !
Un grand merci à Pierre Gonon, pour ces 3 heures passées avec nous !
Pour quelques clichés supplémentaires sur ce périple, c'est ICI. Cliquez ensuite sur "Diaporama"
Domaine Pierre Gonon
34, avenue Ozier
07300 Mauves
+33 475 084 527
gonon.pierre@wanadoo.fr
Du vin, Chinon rien !
Une soirée avec les Maigremont, passée à tenter de faire le tour la question du Cabernet-Franc. Pour certain, ça ne veut pas dire grand chose, tant les vins de Chinon peuvent représenter la simplicité et la verdeur. Faux, s'élèvent en coeur les voix qui vont tenter ce soir de défendre cette appellation de la Loire. Sur 2100 hectares, elle s'étend de part et d'autre de la Vienne jusqu'à sa confluence avec la Loire. Blanc, rosé, rouge, les vins sont faits à partir de Chenin et de Cabernet-Franc (ou Breton).
Ce soir, nous attelons à la couleur rouge. On trouve différentes formations géologiques favorables à la vignes : des coteaux et buttes calcaires ainsi que des buttes et plateaux sur argile à silex qui donnent un corps vif et une astringence marquée. D'anciennes terrasses graveleuses, provenant d'alluvions de la Loire et de la Vienne, qui offrent une structure fine et puissante, avec une astringence lisse associée au corps du vin, qui donnent des vins gourmands dans leur jeunesse.
Source Chinon.com
Au cours de cette dégustation, il ne sera pas très compliqué, pour une fois, de placer tel ou tel vin en provenance de l'une ou l'autre de ces formations géologiques, ou autrement dit, terroir.
Premier vin : la robe est évoluée. Elle tire bizarement sur le vermillon. Le nez est discret, la bouche est très crémeuse, avec des notes de fourure, sans grand équilibre et dynamisme. On parle ça et là d'un problème de bouteille. Pas tant que ça, si on fait abstraction que c'est un vin hors thème ! C'était la plaisanterie du jour, proposée par notre Bill national, qui avait pris soin de charger dernièrement sa valise, au retour du Vietnam. Qu'il est joueur ;-) (Vang Dàlat).
Le deuxième vin retrouve des standards ligérien : le nez est ouvert, bien friand et gourmand, fait de petits fruits noirs. La bouche est bien lisse et gourmande encore, pas compliquée, au "coefficient de torchabilité" redoutable. C'est un Chinon 2009 domaine de la Chapelle "les Gravinnières", de Philippe Pichard. Bah miam !
3 ème vin. Robe impénétrable, plutôt Madiran que Pinot Noir d'Alsace. Le nez est un peu plus discret que le précédent, mais d'un beau fruité, net. La bouche est bien équilibrée entre matière et acidité. Elle accroche un chouille en final, pour donner un peu de peps à l'ensemble. Gourmand aussi, mais appelle un plat avec un peu de gras. C'est un Chinon 2009 de Nicolas Paget, cuvée "Symphonique". Miam aussi.
Le nez est fin, sur la cerise. En bouche, les tannins sont plus carrés, avec quelques notes métalliques. La matière est un juste et la finale tombe rapidement. C'est un Chinon 2007 "Clos de l'Echo" de Couly-Dutheil : c'est le bof du jour. Pas Glop !
Les Cornuelles "Vieille Vigne" 2005, de Serge et Bruno Sourdais, le Logis de la Bouchardière. Belle couleur vive et brillante. Le nez est assez discret, mais livre quelques notes viandées et de relan de sel. La bouche est compacte, d'une longueur correcte accompagnée d'une petite amertume. Pas très complexe, mais agréable.
On sent le vin fermé et sur la défense. Réduit au nez, assez peu expressif en bouche, ce Philippe Alliet "Vieilles Vignes" 2008 est à laisser de côté un bon moment. Suivant !
Malgré un carafage, le vin suivant s'exprime discrètement. La bouche est marquée par une acidité très marquée et un fruité en retrait (problème de bouteille ? ). Bof 2ème pour ce Chinon 2009 "le Bois Joubert" du domaine Dozon.
Chinon 2003, château de la Grille. Avec ce millésime chaud, le vin garde une belle fraîcheur d'ensemble : petits fruits acidulés au nez, bouche mure mais sans excès, une pointe de café. Seule une perception de tannins un peu sec en final peuvent mettre sur la voie de ce millésime chaleureux. Ca reste très buvable, mais à boire sur des mets un peu plus relevés.
"La fermière et ses bottes ! ". C'est le nom qu'on aurait pu donner à cette cuvée, qui malgré un temps relativement important d'ouverture avant attaque des hostilités, n'a pu se dépêtrer de cette grosse réduction olfactive. La bouche est évoluée, ronde mais un peu fatiguée. Pas une mauvaise bouteille, mais pas transcendante. C'est un Chinon 1996 de Paul Buisse, cuvée "l"Exceptionnel".
Béatrice et Pascal Lambert, Chinon 2003, cuvée "Danaé". Le nez est superbe, avec quelques signes d'évolution, sur des tonalités légèrement vanillées et de vernis. La bouche est volumineuse, structurée et s'appuie sur une belle longueur. Encore une preuve que cette région a accouché d'un beau millésime équilibré avec cette bouteille !
Dernière bouteille du soir avec ce château de Louans 1996. Le nez est agréable, profond et apparaît comme velouté, avec des petits fruits rouges acidulés. L'attaque de bouche est un peu brusque, tendue et manque d'un peu d'étoffe. L'air lui fera du bien par la suite, au point de se montrer plus complexe.
Voilà comment on peut passer une belle soirée, en démontrant aux détracteurs du Cab' Franc, que les vins de Chinon peuvent non seulement se montrer docile, mais avec une matière réellement intéressante, tout en ayant à la fois du fond et de la gourmandise !
Mon dieu, ça sent bon, mais qu'est-ce qui mijote par là bas ? Un magnifique pot-au-feu et son bouillon (rarement mangé un aussi bon, bravo Jean-Yves), parfait en cette ère glaciaire. Les Chinon structurés, avec une petite amertume s'en tirent mieux sur ce plat par rapport aux plus gourmands. A taaaaaaaable !!
VinSeine : le salon qui se met à l'heure du bio (Rouen 31 mars et 1 er avril 2012)
2 ème édition pour ce salon normand, organisé par le Rotary Rouen Bruyères, au profit de "TOP Permis" (pas pour récupérer votre permis si vous n'avez plus de points, mais plutôt pour aider les jeunes en difficultés, pour l'obtenir ;-) )
Cette manifestation se tiendra à l'aéroport de Boos, près de Rouen et regroupera quelques 28 viticulteurs orientés bio. Alsace/Jura (domaine Bernhard-Reibel, Jean Ginglinger, domaine des Marnes Blanches), Loire (château de Plaisance, domaine du Gué d'Orger, domaine les Loges de la Folie, domaine des Jumeaux, Terres de Roa), Beaujolais (domaine Chasselais, château les Bachelards), Bordeaux (château Couffins, château Brandeau, domaine Rousset-Peyraguey), Bourgogne (domaine Ballorin, domaine d'Ys, domaine de Thalie), Champagne (L & S Cheurlin), Languedoc (domaine Mamaruta, domaine Villa Symposia, domaine Thuronis), Rhône/Provence/Corse (domaine Clusel Roch, domaine de Lucie, domaine le Mirabeau, domaine Balazu des Vaussières, domaine Stéphanie Olmeta), Sud-ouest (domaine Coquelicot, château d'Aix, château de Mayragues)
Entrée 3 € avec le prêt d'un verre et restauration possible sur place.
Alors, vous faites quoi le 31 mars et le 1er avril 2012 ?
Avalanche de 1971 : joyeux anniversaire Vincent !
Il l'avait dit, il l'a fait ! Vincent nous avait prévenu en 2011 : "je ne pourrai pas fêter mes 40 ans cette année, mais gardez donc un dimanche pour que l'on fête ce cape, où il n'y aura que des 71".
Quelques années à glaner des flacons de son années de naissance, pour nous offrir un repas dégustation articulé autour de flacons qui ont vu naître de sacrés personnages comme Pep Guardiola (en pleine bourre avec le FC Barcelone), Gad Elmaleh (homme de scène au grand talent), Pete Sampras (le métronome), Vougeot (historien et Prix Goncours de la plus belle plume de LPV et qui a redonné ses lettres de noblesse à l'appellation Clos de Vougeot), la belle Adriana Karembeu, le chanteur "M". Tout ça mérite une ovation et même plus.
Nous sommes réunis au restaurant le Grand Turc de Déville-les-Rouen, pour une journée qui s'annonce comme mémorable. Et le simple fait d'avoir réuni tout ce petit monde pour fêter dignement tes 40 ans, rien que pour ça mon bon Vincent : BRAVO !
Toutes les bouteilles issues du millésime 1971 (exception de 2) sont bues à l'aveugle, accompagnées du repas.
On ouvre le bal avec un Champagne Brut Réserve de Michel Dourland. La bulle est fine, accompagnée d'un fruit blanc assez caractéristique, de caramel et d'une vinosité remarquable. Ca ne démérite pas du tout, même si ça ne correspond pas tout à fait l'équilibre que je souhaite plus tendu en général pour ce genre de breuvage. Néanmoins, cela reste un Champagne d'un bon rapport Q/P.
Riesling 1971 Dalsheimer Bürgel, Rheinhesen, Weingut Schales à Daslheim. Coin, fruits exotiques, litchi, mangue... Incroyable comme ce nez paraît jeune ! La bouche est superbe : quelques sucres résiduels, une belle et fine acidité, peu d'alcool. M'étonnerais pas qu'on soit outre Rhin, l'autre pays du Riesling. J'aime beaucoup.
Les 3 vins qui suivent sont servis en même temps sur une aumonière de lotte sauce Riesling et légumes. Riesling Gd Cru Zotzenberg 1985 (seule exception avec le Champagne pour cette journée), Emile Seltz : une acidité terrible à déchausser les dents. Peu de choses à dire, si ce n'est qu'il a fait l'unanimité dans le très moyen. Gewurztraminer Schlossberg René Sick et fils à Kaysersberg (on repart désormais sur le millésime 1971, jusqu'à la fin) : le vin est bien ouvert sur des tonalités tantôt florales, de fumé, de notes terpéniques, tantôt fruité avec de belles effluves de bergamote. La bouche se délie en douceur, accompagné par une acidité modérée. Un vin plaisant, qui a encore des choses à dire. Tokay Pinot Gris d'Alsace, coopérative vinicole d'Eguisheim (désormais Wolfberger) : la robe est encore étincelante, d'un beau doré. Nez délicat lardé, fumé et de fruit à chaire blanche. Sur une matière patinée, la bouche offre encore quelques soubresaut minéral.
Un trio plutôt intéressant, avec les deux derniers vins qui offrent encore du plaisir.
On passe aux les rouges, servis sur un filet de boeuf sauce grand Veneur, gratin dauphinois.
Le premier duo peut sembler déséquilibré : St Emilion château Pavie contre Pessac-Léognan château la Louvière. Pavie offre pour ma part un nez assez éphémère, que l'on doit secouer pour obtenir de timides notes de fruits rouges et de pruneaux. La bouche me semble un peu décharnée. Je suis l'un des seuls à l'avoir moins bien noté que le la Louvière qui lui me semble encore bien droit, plus structuré, avec son nez de fourure et son côté fumé, une bouche aux jolis tannins et une longueur correcte. Plutôt une bonne surprise, au vu de la différence de pédigrée.
C'est au tour d'un duo de Pessac-Léognan. Haut-Bailly VS Pape Clément. Le nez du Haut-Bailly est un peu austère, mais la bouche est savoureuse et se transcende avec la viande. La Pape Clément se pare d'un joli nez, très fin : café, cèdre. La bouche semble d'une jeunesse insolente : fruitée, au corps longiligne et svelte. Un beau duo, dont sa sainteté sort vainqueur.
Un trio de Margaux est maintenant servi. S'avancent sur le ring Brane-Cantenac, Lascombes et du Tertre. Brane-Cantenac me semble un peu dissocié : c'est surprenant, mais l'élevage se fait encore sentir, un peu d'alcool et des notes poivronnées. On ne va pas mettre ça sur le compte d'un vin pas encore en place ;-). Lascombes par contre est une bombe ! Très beau nez, élégant, franc, compacte. Très belle attaque en bouche, de la fraîcheur, du volume et de la finesse, c'est long, c'est à point, j'aime beaucoup ! Du Tertre paraît fatigué, dépouillé.
Net avantage sur ce match pour Lascombes.
Ce sont 2 St Julien qui s'avancent : Ducru Beaucaillou et Talbot. V'là l'match ! Ducru est superbe : plein de vie, très frais, il se livre sans préavis, d'une évidence et classe folle. Le nez de Talbot est d'abord assez effacé. L'air lui apporte un peu de profondeur. La bouche est plutôt large, mais paraît un peu plus fatiguée. Deux jolis vins. Ducru à encore un peu de temps devant lui, Talbot entame sa descente.
Dernier duo bordelais. Montrose VS Pichon Comtesse. Sur le papier, ça aussi ça a de la gueule ! Montrose est très fruit, avec une pointe de café et de rose fanée. La bouche est juteuse, savoureuse. Comtesse offre un nez très élégant qui s'effacera au profit de notes plus goudronnées, de sparadrap et de cendres, d'iode et d'algues. La bouche est très longue. Je me suis résigné à mettre un point de plus pour Pichon-Comtesse au dernier moment, mais ce duo a tenu toutes ses promesses !
Bravo Vincent pour cette salve bordelaise.
On change de registre et de région, ça se sent. Dans ma tête, je pars très largement en Bourgogne. Pffff, quel nul je fais, on est en plein pays des galets roulés, c'est à dire à Châteauneuf du Pape. Château Cabrières et Fortia sont servis en parallèle, pour eux même. Cabrières a vraiment tout d'un excellent vin. Son nez enchante par sa finesse et ses notes de céleri et sa bouche n'a d'égale que sa remarquable longueur acidulée, d'une subtil touché. Fortia est plus terrien de par son nez avec des notes de cendre et de fumé. La bouche est un peu plus dur, plus terrienne aussi. Avantage sur ce coup à Cabrières.
Séquence discours (Didier s'en charge)... et cadeaux
Ah, cette fois, je suis certain qu'on est en Bourgogne ! Pour commencer le trio, un Volnay 1er cru Santenots de Joseph Drouhin : on arrive maintenant à de jolies couleur évoluée, dont les robes font vraiment envie rien qu'à les contempler. Néanmoins, à défaut de finesse, le Drouhin est un peu fatigué et manque du coup d'allant. Le 2ème vin est un Corton grand cru Clos du Roi de Moillard. C'est un beau vin comme je les aime, avec une très belle texture qui évolue autour de la fraise et de la ronce. Un vin qui ne montre pas une ride, plutôt classique d'un Pinot Noir qui a bien grandi, lentement. Pour terminer ce tour en terre bourguignonne, il eut été dommage de ne pas rendre hommage à Vincent lui même, avec ce Clos de Vougeot du domaine Ropiteau-Mignon. Ca pinote encore et curieusement, l'élevage est encore là. Le vin ne fait pas du tout son âge, il paraît dense.
Le passage de ces 3 bourguignons ont été facilités par des accords de fromages locaux comme le Langres et l'Epoisses, de toutes beauté !
Interlude fromagère bis, avec quelques fromages à pâte pressée cuite comme le Comté : y aurait bien du jaune dans l'aire. Nez riche, très net, de tarte au citron meringuée. La bouche possède une longue acidité et une oxydation ménagée, sur la meringue et la pierre à fusil. Un style à part, dans les vins du Jura (enfin c'est ce que j'en ai déduit), tant le vin offre une énergie assez incroyable. Ce Côtes du Jura de Jean Bourdy est encore un beau vin qui ne fait pas du tout, mais alors pas du tout ses 40 ans !
Vincent sert une trilogie de douceurs, à base de raisins fermentés. Habituellement pas trop fan de susucres, j'ai pris un grand plaisir avec ces 3 vins, au point d'en garder un très bon souvenir. On commence avec un vin longiligne, fin et délicat, sur des parfums de quetsche et de mirabelles. L'archétype du vin pas écœurant, dont le temps qui a fait son œuvre a permis d'intégrer le taux de sucre. Bien +. Le suivant offre de belles notes de noix de coco, de barbe à papa. La bouche se dote d'une remarquable structure, plus épaisse que le précédent avec une acidité qui emporte très loin le vin. Un très très beau Sauternes à maturité ! Le dernier est encore différent dans son expression aromatique, mais pas si éloigné du deuxième : tarte tatin, pomme au four, le vin est puissant, doté d'une bouche tout en largeur. Remarquable finale sur le caramel, puissante, d'une insolente jeunesse ! Le premier est une Coteaux du Layon du domaine Brouin, le second est un Sauternes Rayne Vignau et le dernier n'est autre que Rieussec.
Dernier vin. Une curiosité pour certain, que j'avais rapporté à Vincent d'un séjour en terre andalouse. Ce Montilla-Moriles de Toro Albalá se pare d'une robe impénétrable pour reprendre une séquence bien connue de l'ami Vincent. Le nez est sur de puissantes notes de cerises, de café et de chocolat. On retrouve en bouche ce même registre et comme toujours avec les grandes réserves de cette bodega, une épaisseur sans commune mesure, dotée d'une dose de sucre hallucinante, mais heureusement tenue par l'acidité et la température de service intelligemment adaptée, c'est à dire pas trop chaude. Pour amateur du genre, à faire tomber illico un diabétique qui aurait perdu son insuline !
Heureux les invités au repas d'anniversaire du seigneur Vougeot ! J'ai été séduit et je dirais même fier de participer à une telle journée, moi qui n'ai pas trop l'habitude de ce genre de dégustation, avec autant de vins d'un âge avancé, mais respectable. J'ai été surpris par des vins qui pour beaucoup me sont apparus bien plus jeunes que les 40 balais sur le papier. Un grand merci aux participants pour cette belle journée, détendue, studieuse, chaleureuse et un IMMENSE merci à mon ami Vincent et à sa dame Anne !
Salon du vin d'Evreux (3 et 4 mars 2012)
On ne change pas un événement qui gagne ! Normands, voisins, mobilisez-vous : la quatrième édition du salon du vin d'Evreux (27) se déroulera les 3 et 4 mars 2012 à la halle des expositions.
L'organisation est comme d'habitude orchestrée par le Rotary Club d'Evreux Beffroy et les amis de Bacchus. La recette est destinée au profit de l'hôpital de la Musse (tiens, une rime ;-)). Restauration possible sur place.
Pour la liste complète des vignerons, vous pouvez consulter le site du salon
Du pinot noir au cœur de la Nuits
Une soirée Maigremont corporation, avec pour mission : déguster quelques bourgognes rouges de la Côte de Nuits, antérieurs à 2007.
"La science avance ! " : slogan de mise pour ce Hautes Côtes de Nuits 1968, sélectionné par Pierre Laforest : il est complètement rincé, cuit, à bout de course. Suivant....
Marsannay Vieilles Vignes 2005, Régis Bouvier. Le vin est dans son ensemble très souple et léger, évoluant sur de petites notes de cerises griottes. A boire sur des mets avec peu de caractère.
Gevrey-Chambertin 2007 "aux Etelois", Domaine Rossignol-Trapet : seule entorse de la soirée avec un millésime "hors thème", le nez est assez ouvert sur des notes de café avec un trait végétal. La bouche se pare d'une acidité traçante, mais la matière est suffisamment dense et étoffée pour l'enrober. Jolie rétro-olfaction sur des saveurs de fruits frais.
Marsannay 2005 "les Genelières", Alain Guyard. Nez agréable d'amande, de petits fruits rouges et de zan. Bouche acidulée, mais assez simple dans son expression. Pas certain qu'il évolue encore favorablement. A boire ?
Marsannay 2004 "Clos du Roy", Régis Bouvier. Le vin semble entamer un cycle d'évolution. La trame est végétale sans excès et profonde. Elle a perdue sa phase de fruit au profit de quelques notes plus paysannes (viandées). Le vin ne présente aucun aspect qui pourrait rappeler la difficulté du millésime dans cette région, que l'on aime parfois peu en Bourgogne rouge.
Côte de Nuits village 2009, domaine Protot : finalement oui, il y a bien eu une deuxième entorse au thème ! Le nez est bien jeune, vif et saillant. Bouche ronde et souple, mais souffrant d'une maturité un peu excessive et arbore du coup des accents sudiste, ce qui à pour effet de perdre en "torchabilité".
Nuits St Georges 2005 1er cru "les Pruliers", domaine Philippe Gavignet. Enfin, ça pinote ! Le vin propose un style sérieux et gourmand à la fois, avec rondeur et profondeur. Il possède du répondant, sur un ensemble de notes réglissées. Le style est intéressant, à suivre...
Morey St Denis 2006 1er cru "les Millandes", domaine Arlaud. Passé une certaine réduction au nez et un peu de
gaz en bouche, le vin se montre aromatiquement ouvert et superbement fruité. La bouche s'emporte sur un soyeux des plus intense et pourtant, on le sent encore un peu sur la retenue. Très joli vin, croquant de fruit, qui ira certainement loin.
Chambolle-Musigny 2005 "Coeur de Pierre", Frédéric Magnien. Joli fruit net et précis, assez caractéristique du pinot noir. Bouche élégante et svelte, avec une grande allonge fruitée.
Fixin 2001 "Clos Marion", domaine Fougeray de Beauclair. Il en fallait bien un : carambaaaaaa, bouchon !
Chambertin 2002, Domaine Rossignol-Trapet. Nez assez complexe sur des notes d'épices, de café et de cerises à l'eau de vie. Le vin garde en bouche de la fraîcheure et de l'élégance malgré une sorte de puissance contenue. Il offre encore à ce stade quelques traces d'élevage, mais c'est un jeune monstre que nous venons de boire là. Il déborde encore un peu, mais sans vulgarité. A revoir dans quelques années !
Qu'est-ce qu'on mange après tout ça ? Une soupe potimarron/lard/Comté (une tuerie), un boeuf bourguignon de compet', un plâteau de fromages de la mort
Passage au domaine Arretxea
Déjà 2 ans que je n'étais pas passé à la maison Arretxea. 2 ans à tourner en rond, à attendre impatiemment, comme un enfant espère Noël depuis la rentrée des classes. Il faut dire que depuis la Normandie, ça fait une trotte. Mais quand les vacances se déroullent a à peine plus de 100 km de là, ça devient réellement plus intéressant.
J'arrive un peu en retard, la faute à un berger qui emmenait les moutons en pature via une minuscule route de montagne. C'est heureux de voir que ce genre de métier existe encore. Les réseaux sociaux c'est bien, mais ça ne fait pas tout ;-)
C'est Thérèse Riouspeyrous qui me reçoit dans leur maison, LA maison Arretxea. J'ai finalement un peu l'impression d'être passé chez eux il y a peu. Pas grand chose n'a changé : l'immense table en bois pour les dégustations est toujours présente. La maison est chaleureuse, remplie d'objets et de photos autour du vin. Thérèse est toujours aussi avenante : on discute de tout, de vin, de famille. Mais ça devient sérieux quand elle part dans l'arrière pièce pour apporter quelques bouteilles. Allez zou, c'est parti pour faire le tour des vins qui sont actuellement à la vente et peut-être un peu plus...
On commence avec les blancs, dont je porte une affection toute particulière. Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis le millésime 2007, les raisins d'une nouvelle parcelle viennent augmenter la faible production de blanc du domaine qui a tendance à disparaître trop rapidement pour les amateurs de "Hegoxuri". Bien évidement, les raisins sont bio et proviennent d'un voisin, Pantxo (lire Pantcho). En 2012, une nouvelle cuvée "Pantxuri" viendra récompenser les plus fervents supporters du domaine et sera disponible seule, sans assemblage !
Hegoxuri 2009 (60 Gros Manseng/35 Petit Manseng/5 Petit Courbu) : le vin affiche clairement une aromatique d'agrumes et de fleurs blanches. L'élégance est de mise, vif et tonique en bouche, l'équilibre du vin se fait entre l'acidité caractéristique de cette cuvée et la richesse du millésime. La sensation saline, signe comme toujours avec classe la superbe finale. Un 2009 qui me réconcilie avec ce millésime parfois too much en France. Ici ce n'est pas le cas, la fraîcheur est omniprésente dans un style droit et comme à l'accoutumée pure. Diabolique maintenant, quelques années de garde lui donneront d'avantage de complexité car tout y est, y compris quelques sucres résiduels.
Hegoxuri 2008 (60 Gros Manseng/35 Petit Manseng/5 Petit Courbu) : très beau nez, exotique cette fois-ci avec des touches de poivre blanc et de nougat. La bouche se montre plus austère que 2009, marquée par une minéralité plus importante que son cadet. Magnifique matière, épurée dans un style comptacte et tendu comme j'affectionne. Et pourtant, ce 2008 n'était pas gagné (rendements minuscules dus à de la coulure). Quand on découvre maintenant ce qu'il y a dans le verre, on se dit qu'il y a du avoir un gros boulot dans les vignes !
Fin des blancs, en attendant un retour en force au chai. S'annoncent dans le verre les rouges Tradition. Le 2009 a été mis en bouteille avant le 2008. Thérèse et Michel Riouspeyrous estimaient que ce dernier n'était pas prêt. Le 2009 est tout en finesse, avec des tanins fins. L'ensemble est même gourmand. Le 2008 valait le coup d'être attendu (soutiré juste avant la mise pour l'occasion) : registre résolument fruité (cassis et cerises noires), la finale s'emporte sur des notes poivrées endiablées.
Haïtza 2008 (70 Tannat/ 30 Cabernet Sauvignon) possède une jolie robe soutenue. Le nez est un peu en dedans. La bouche est joliement fruitée, contituée d'une acidité qui en fait un vin tout en longueur. L'assise minérale vient complèter un vin certe bien jeune, mais en devenir.
Nous partons au chai rejoindre Michel. Thérèse au volant, elle continue de me donner le sourire en faisant un petit détour sur les parcelles de blancs. Mon Dieu que cette région est belle !
Michel à la pipette, ce sont toutes les cuvées de blancs 2010 qui se succèdent : les différents contenants (fûts, foudre de 600 l) qui regoupent les lots de Hegoxuri et de Pantxuri sont autant d'expressions différentes de ces 2 parcelles. Hegoxuri est toujours d'une grande finesse et élégance. Pantxuri est plus imposant, avec une grande tension minérale. Cette cuvée confidentielle sur sols de schiste et d'ophite devrait être disponible pour notre plus grand plaisir en 2012. Et puis comme une surprise n'arrive jamais seule, je vais vous mettre dans la confidence : une autre cuvée sur sol de grès devrait pointer son nez avec comme premier millésime 2011. Mais chuuuuuuuuuuttt !!
Merci Thérèse, merci Michel pour votre accueil, parfait comme d'habitude. Décidement, je ne suis pas prêt de me lasser de venir par chez vous !
Pour une visite complète du domaine, c'est ICI.
Domaine Arrextea
Thérèse et Michel Riouspeyrous
Route Jauberriborda
64220 Irouleguy
Tel : +33 5 59 37 33 67
@ : arretxea@free.fr





























