Une soirée avec les Maigremont, passée à tenter de faire le tour la question du Cabernet-Franc. Pour certain, ça ne veut pas dire grand chose, tant les vins de Chinon peuvent représenter la simplicité et la verdeur. Faux, s'élèvent en coeur les voix qui vont tenter ce soir de défendre cette appellation de la Loire. Sur 2100 hectares, elle s'étend de part et d'autre de la Vienne jusqu'à sa confluence avec la Loire. Blanc, rosé, rouge, les vins sont faits à partir de Chenin et de Cabernet-Franc (ou Breton).

Ce soir, nous attelons à la couleur rouge. On trouve différentes formations géologiques favorables à la vignes : des coteaux et buttes calcaires ainsi que des buttes et plateaux sur argile à silex qui donnent un corps vif et une astringence marquée. D'anciennes terrasses graveleuses, provenant d'alluvions de la Loire et de la Vienne, qui offrent une structure fine et puissante, avec une astringence lisse associée au corps du vin, qui donnent des vins gourmands dans leur jeunesse.

carteSource Chinon.com

Au cours de cette dégustation, il ne sera pas très compliqué, pour une fois, de placer tel ou tel vin en provenance de l'une ou l'autre de ces formations géologiques, ou autrement dit, terroir.

Premier vin : la robe est évoluée. Elle tire bizarement sur le vermillon. Le nez est discret, la bouche est très crémeuse, avec des notes de fourure, sans grand équilibre et dynamisme. On parle ça et là d'un problème de bouteille. Pas tant que ça, si on fait abstraction que c'est un vin hors thème ! C'était la plaisanterie du jour, proposée par notre Bill national, qui avait pris soin de charger dernièrement sa valise, au retour du Vietnam. Qu'il est joueur ;-) (Vang Dàlat).

Le deuxième vin retrouve des standards ligérien : le nez est ouvert, bien friand et gourmand, fait de petits fruits noirs. La bouche est bien lisse et gourmande encore, pas compliquée, au "coefficient de torchabilité" redoutable. C'est un Chinon 2009 domaine de la Chapelle "les Gravinnières", de Philippe Pichard. Bah miam !

N Paget3 ème vin. Robe impénétrable, plutôt Madiran que Pinot Noir d'Alsace. Le nez est un peu plus discret que le précédent, mais d'un beau fruité, net. La bouche est bien équilibrée entre matière et acidité. Elle accroche un chouille en final, pour donner un peu de peps à l'ensemble. Gourmand aussi, mais appelle un plat avec un peu de gras. C'est un Chinon 2009 de Nicolas Paget, cuvée "Symphonique". Miam aussi.

Le nez est fin, sur la cerise. En bouche, les tannins sont plus carrés, avec quelques notes métalliques. La matière est un juste et la finale tombe rapidement. C'est un Chinon 2007 "Clos de l'Echo" de Couly-Dutheil : c'est le bof du jour. Pas Glop !

Les Cornuelles "Vieille Vigne" 2005, de Serge et Bruno Sourdais, le Logis de la Bouchardière. Belle couleur vive et brillante. Le nez est assez discret, mais livre quelques notes viandées et de relan de sel. La bouche est compacte, d'une longueur correcte accompagnée d'une petite amertume. Pas très complexe, mais agréable.

On sent le vin fermé et sur la défense. Réduit au nez, assez peu expressif en bouche, ce Philippe Alliet "Vieilles Vignes" 2008 est à laisser de côté un bon moment. Suivant !

Malgré un carafage, le vin suivant s'exprime discrètement. La bouche est marquée par une acidité très marquée et un fruité en retrait (problème de bouteille ? ). Bof 2ème pour ce Chinon 2009 "le Bois Joubert" du domaine Dozon.

gilric

Chinon 2003, château de la Grille. Avec ce millésime chaud, le vin garde une belle fraîcheur d'ensemble : petits fruits acidulés au nez, bouche mure mais sans excès, une pointe de café. Seule une perception de tannins un peu sec en final peuvent mettre sur la voie de ce millésime chaleureux. Ca reste très buvable, mais à boire sur des mets un peu plus relevés.

"La fermière et ses bottes ! ". C'est le nom qu'on aurait pu donner à cette cuvée, qui malgré un temps relativement important d'ouverture avant attaque des hostilités, n'a pu se dépêtrer de cette grosse réduction olfactive. La bouche est évoluée, ronde mais un peu fatiguée. Pas une mauvaise bouteille, mais pas transcendante. C'est un Chinon 1996 de Paul Buisse, cuvée "l"Exceptionnel".

Béatrice et Pascal Lambert, Chinon 2003, cuvée "Danaé". Le nez est superbe, avec quelques signes d'évolution, sur des tonalités légèrement vanillées et de vernis. La bouche est volumineuse, structurée et s'appuie sur une belle longueur. Encore une preuve que cette région a accouché d'un beau millésime équilibré avec cette bouteille !

Dernière bouteille du soir avec ce château de Louans 1996. Le nez est agréable, profond et apparaît comme velouté, avec des petits fruits rouges acidulés. L'attaque de bouche est un peu brusque, tendue et manque d'un peu d'étoffe. L'air lui fera du bien par la suite, au point de se montrer plus complexe.

Voilà comment on peut passer une belle soirée, en démontrant aux détracteurs du Cab' Franc, que les vins de Chinon peuvent non seulement se montrer docile, mais avec une matière réellement intéressante, tout en ayant à la fois du fond et de la gourmandise !

Mon dieu, ça sent bon, mais qu'est-ce qui mijote par là bas ? Un magnifique pot-au-feu et son bouillon (rarement mangé un aussi bon, bravo Jean-Yves), parfait en cette ère glaciaire. Les Chinon structurés, avec une petite amertume s'en tirent mieux sur ce plat par rapport aux plus gourmands. A taaaaaaaable !!

potof