Il l'avait dit, il l'a fait ! Vincent nous avait prévenu en 2011 : "je ne pourrai pas fêter mes 40 ans cette année, mais gardez donc un dimanche pour que l'on fête ce cape, où il n'y aura que des 71". 

Quelques années à glaner des flacons de son années de naissance, pour nous offrir un repas dégustation articulé autour de flacons qui ont vu naître de sacrés personnages comme Pep Guardiola (en pleine bourre avec le FC Barcelone), Gad Elmaleh (homme de scène au grand talent), Pete Sampras (le métronome), Vougeot (historien et Prix Goncours de la plus belle plume de LPV et qui a redonné ses lettres de noblesse à l'appellation Clos de Vougeot), la belle Adriana Karembeu, le chanteur "M". Tout ça mérite une ovation et même plus. 

Nous sommes réunis au restaurant le Grand Turc de Déville-les-Rouen, pour une journée qui s'annonce comme mémorable. Et le simple fait d'avoir réuni tout ce petit monde pour fêter dignement tes 40 ans, rien que pour ça mon bon Vincent : BRAVO !

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Toutes les bouteilles issues du millésime 1971 (exception de 2) sont bues à l'aveugle, accompagnées du repas.
On ouvre le bal avec un Champagne Brut Réserve de Michel Dourland. La bulle est fine, accompagnée d'un fruit blanc assez caractéristique, de caramel et d'une vinosité remarquable. Ca ne démérite pas du tout, même si ça ne correspond pas tout à fait l'équilibre que je souhaite plus tendu en général pour ce genre de breuvage. Néanmoins, cela reste un Champagne d'un bon rapport Q/P.

Riesling 1971 Dalsheimer Bürgel, Rheinhesen, Weingut Schales à Daslheim. Coin, fruits exotiques, litchi, mangue... Incroyable comme ce nez paraît jeune ! La bouche est superbe : quelques sucres résiduels, une belle et fine acidité, peu d'alcool. M'étonnerais pas qu'on soit outre Rhin, l'autre pays du Riesling. J'aime beaucoup.

Les 3 vins qui suivent sont servis en même temps sur une aumonière de lotte sauce Riesling et légumes. Riesling Gd Cru Zotzenberg 1985 (seule exception avec le Champagne pour cette journée), Emile Seltz : une acidité terrible à déchausser les dents. Peu de choses à dire, si ce n'est qu'il a fait l'unanimité dans le très moyen. Gewurztraminer Schlossberg René Sick et fils à Kaysersberg (on repart désormais sur le millésime 1971, jusqu'à la fin) : le vin est bien ouvert sur des tonalités tantôt florales, de fumé, de notes terpéniques, tantôt fruité avec de belles effluves de bergamote. La bouche se délie en douceur,  accompagné par une acidité modérée. Un vin plaisant, qui a encore des choses à dire. Tokay Pinot Gris d'Alsace, coopérative vinicole d'Eguisheim (désormais Wolfberger) : la robe est encore étincelante, d'un beau doré. Nez délicat lardé, fumé et de fruit à chaire blanche. Sur une matière patinée, la bouche offre encore quelques soubresaut minéral.
Un trio plutôt intéressant, avec les deux derniers vins qui offrent encore du plaisir.

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On passe aux les rouges, servis sur un filet de boeuf sauce grand Veneur, gratin dauphinois.
Le premier duo peut sembler déséquilibré : St Emilion château Pavie contre Pessac-Léognan château la Louvière. Pavie offre pour ma part un nez assez éphémère, que l'on doit secouer pour obtenir de timides notes de fruits rouges et de pruneaux. La bouche me semble un peu décharnée. Je suis l'un des seuls à l'avoir moins bien noté que le la Louvière qui lui me semble encore bien droit, plus structuré, avec son nez de fourure et son côté fumé, une bouche aux jolis tannins et une longueur correcte. Plutôt une bonne surprise, au vu de la différence de pédigrée.

C'est au tour d'un duo de Pessac-Léognan. Haut-Bailly VS Pape Clément. Le nez du Haut-Bailly est un peu austère, mais la bouche est savoureuse et se transcende avec la viande. La Pape Clément se pare d'un joli nez, très fin : café, cèdre. La bouche semble d'une jeunesse insolente : fruitée, au corps longiligne et svelte. Un beau duo, dont sa sainteté sort vainqueur.

bouteilles

Un trio de Margaux est maintenant servi. S'avancent sur le ring Brane-Cantenac, Lascombes et du Tertre. Brane-Cantenac me semble un peu dissocié : c'est surprenant, mais l'élevage se fait encore sentir, un peu d'alcool et des notes poivronnées. On ne va pas mettre ça sur le compte d'un vin pas encore en place ;-). Lascombes par contre est une bombe ! Très beau nez, élégant, franc, compacte. Très belle attaque en bouche, de la fraîcheur, du volume et de la finesse, c'est long, c'est à point, j'aime beaucoup ! Du Tertre paraît fatigué, dépouillé.
Net avantage sur ce match pour Lascombes.

Ce sont 2 St Julien qui s'avancent : Ducru Beaucaillou et Talbot. V'là l'match ! Ducru est superbe : plein de vie, très frais, il se livre sans préavis, d'une évidence et classe folle. Le nez de Talbot est d'abord assez effacé. L'air lui apporte un peu de profondeur. La bouche est plutôt large, mais paraît un peu plus fatiguée. Deux jolis vins. Ducru à encore un peu de temps devant lui, Talbot entame sa descente.

Dernier duo bordelais. Montrose VS Pichon Comtesse. Sur le papier, ça aussi ça a de la gueule ! Montrose est très fruit, avec une pointe de café et de rose fanée. La bouche est juteuse, savoureuse. Comtesse offre un nez très élégant qui s'effacera au profit de notes plus goudronnées, de sparadrap et de cendres, d'iode et d'algues. La bouche est très longue. Je me suis résigné à mettre un point de plus pour Pichon-Comtesse au dernier moment, mais ce duo a tenu toutes ses promesses !

Bravo Vincent pour cette salve bordelaise.

On change de registre et de région, ça se sent. Dans ma tête, je pars très largement en Bourgogne. Pffff, quel nul je fais, on est en plein pays des galets roulés, c'est à dire à Châteauneuf du Pape. Château Cabrières et Fortia sont servis en parallèle, pour eux même. Cabrières a vraiment tout d'un excellent vin. Son nez enchante par sa finesse et ses notes de céleri et sa bouche n'a d'égale que sa remarquable longueur acidulée, d'une subtil touché. Fortia est plus terrien de par son nez avec des notes de cendre et de fumé. La bouche est un peu plus dur, plus terrienne aussi. Avantage sur ce coup à Cabrières.

2Séquence discours (Didier s'en charge)... et cadeaux

Ah, cette fois, je suis certain qu'on est en Bourgogne ! Pour commencer le trio, un Volnay 1er cru Santenots de Joseph Drouhin :  on arrive maintenant à de jolies couleur évoluée, dont les robes font vraiment envie rien qu'à les contempler. Néanmoins, à défaut de finesse, le Drouhin est un peu fatigué et manque du coup d'allant. Le 2ème vin est un Corton grand cru Clos du Roi de Moillard. C'est un beau vin comme je les aime, avec une très belle texture qui évolue autour de la fraise et de la ronce. Un vin qui ne montre pas une ride, plutôt classique d'un Pinot Noir qui a bien grandi, lentement. Pour terminer ce tour en terre bourguignonne, il eut été dommage de ne pas rendre hommage à Vincent lui même, avec ce Clos de Vougeot du domaine Ropiteau-Mignon. Ca pinote encore et curieusement, l'élevage est encore là. Le vin ne fait pas du tout son âge, il paraît dense.
Le passage de ces 3 bourguignons ont été facilités par des accords de fromages locaux comme le Langres et l'Epoisses, de toutes beauté !

Interlude fromagère bis, avec quelques fromages à pâte pressée cuite comme le Comté : y aurait bien du jaune dans l'aire. Nez riche, très net, de tarte au citron meringuée. La bouche possède une longue acidité et une oxydation ménagée, sur la meringue et la pierre à fusil. Un style à part, dans les vins du Jura (enfin c'est ce que j'en ai déduit), tant le vin offre une énergie assez incroyable. Ce Côtes du Jura de Jean Bourdy est encore un beau vin qui ne fait pas du tout, mais alors pas du tout ses 40 ans !

Vincent sert une trilogie de douceurs, à base de raisins fermentés. Habituellement pas trop fan de susucres, j'ai pris un grand plaisir avec ces 3 vins, au point d'en garder un très bon souvenir. On commence avec un vin longiligne, fin et délicat, sur des parfums de quetsche et de mirabelles. L'archétype du vin pas écœurant, dont le temps qui a fait son œuvre a permis d'intégrer le taux de sucre. Bien +. Le suivant offre de belles notes de noix de coco, de barbe à papa. La bouche se dote d'une remarquable structure, plus épaisse que le précédent avec une acidité qui emporte très loin le vin. Un très très beau Sauternes à maturité ! Le dernier est encore différent dans son expression aromatique, mais pas si éloigné du deuxième : tarte tatin, pomme au four, le vin est puissant, doté d'une bouche tout en largeur. Remarquable finale sur le caramel, puissante, d'une insolente jeunesse ! Le premier est une Coteaux du Layon du domaine Brouin, le second est un Sauternes Rayne Vignau et le dernier n'est autre que Rieussec.

Dernier vin. Une curiosité pour certain, que j'avais rapporté à Vincent d'un séjour en terre andalouse. Ce Montilla-Moriles de Toro Albalá se pare d'une robe impénétrable pour reprendre une séquence bien connue de l'ami Vincent. Le nez est sur de puissantes notes de cerises, de café et de chocolat. On retrouve en bouche ce même registre et comme toujours avec les grandes réserves de cette bodega, une épaisseur sans commune mesure, dotée d'une dose de sucre hallucinante, mais heureusement tenue par l'acidité et la température de service intelligemment adaptée, c'est à dire pas trop chaude. Pour amateur du genre, à faire tomber illico un diabétique qui aurait perdu son insuline !

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Heureux les invités au repas d'anniversaire du seigneur Vougeot ! J'ai été séduit et je dirais même fier de participer à une telle journée, moi qui n'ai pas trop l'habitude de ce genre de dégustation, avec autant de vins d'un âge avancé, mais respectable. J'ai été surpris par des vins qui pour beaucoup me sont apparus bien plus jeunes que les 40 balais sur le papier. Un grand merci aux participants pour cette belle journée, détendue, studieuse, chaleureuse et un IMMENSE merci à mon ami Vincent et à sa dame Anne !