C'est toujours un exercice intéressant que de s'attaquer à un seul et unique millésime dans une dégustation. Un peu comme une sorte de check-up complet, afin de connaître son niveau, où il se situe en matière d'évolution, et faire des plans de vols en ce qui concerne la garde. 2005 est LE grand millésime des dernières années pour beaucoup. Aussi, nous souhaitions juger par nous même, après avoir lu pas mal de choses favorables dans la presse, sur le net, sur place... 8 ans après sa mise en bouteille grosso modo, qu'en est-il réellement ?

Il s'agissait de se faire une petite idée de ce millésime, sans pour autant faire le tour de la question d'une seule et même région. Une seule consigne pour les p'tits gars et filles de Maigremont : apporter de sa cave une bouteille de ce millésime, sans préférence de région. Let's go pour une "éclectique" à l'aveugle alors.

 

Muscadet 2005, André-Michel Brégeon, Gorges : le nez est crémeux, presque acidulé, pierre chaude, fruits blancs. Bouche sans creux, généreuse, ample, bien campée sur sa minéralité, étirée par une fine acidité. Finale qui se délie. Délicieuse bouteille pour commencer, qui a les fondamentaux nécessaires pour durer bien des années encore !  

Meursault blanc 2005, domaine Vaudoisey-Creusefond : nez riche et fumé, grillé même, avec quelques notes de vernis. La bouche déroule un remarquable volume, sur un caractère bien trempé et onctueux. Bonne longueur pour cette bouteille, généreuse dans la finale marqué par de fins amers et sur les fruits blancs. Un flacon impeccable, une surprise même !

Lussac St Emilion 2005, château de Lussac : beaucoup de bois, des tannins secs, une matière très légère. Peu de plaisir et vu le fond proposé, la garde s'annonce compliquée.

Marsannay 2005, domaine Bart "les Longeroies"  : nez entre deux âges, une pointe de café, puis de cerise à l'eau de vie. Si c'est pas un nez qui "pinote" ça ! Très jolie attaque de bouche, croquante et souple, acidulée et équilibrée, relativement longue. Un joli vin gourmand, qui entame son plateau de maturité. 

Pommard 1er cru, domaine Billard-Gonnet : nez plus marqué par l'élevage, offrant quelques notes de fruits rouges. Bouche structurée et charnue, le vin semble dans une phase intermédiaire. On semble être sur le même cépage que le vin précédent, même si l'approche entre les deux bouteilles est différente. Intéressant, mais à attendre sagement.

DSC_5794Entre le plat et le dessert, un joli plateau de fromages mixtes, orienté Normandie quand même 

Médoc 2005, château D'Escot : si le nez dirige facilement vers le sud-ouest, il parait bien plus vieux que son âge. Quelques lointaines notes de fruits, mais aussi de cabernet viennent compléter l'olfactif. La bouche est étriquée, comme repliée sur elle-même et n'offre qu'un profile terne. A revoir.

Haut-Médoc 2005, château Cornélie : on peut dire que celui-là nous a donné pas mal de fil à retordre. Après l'ouverture au "pied de biche" (lisez ouverture puis dégustation dans la foulée), le vin était presque muet. Ce n'est qu'en fin de dégustation, comme si l'air avait fait son p'tit effet, que l'ensemble s'est enfin révélé. Le vin déroule des notes de fruits murs sur une trame aimable de cabernet. En douceur et finesse, la bouche déploie une juste acidité dès l'attaque, supportée par des notes de mine de crayon, de fin boisé et de cerise évoluée. Un joli vin qui commence à présenter quelques signes d'évolution. 

St Estèphe 2005, château Haut-Marbuzet : étonnant de constater que le nez est encore empêtré dans son élevage et qui du coup, n'exprime pas grand chose d'autre. Bouche à l'attaque douce, voir consensuelle, mais qui tombe assez rapidement. Inquiétant, ou bouteille présentant une évolution prématurée ?

Madiran 2005, château Peyros : peu de notes, à croire que j'ai du m'endormir à cet instant. On identifie rapidement la région d'origine (le sud-ouest). L'ensemble sèche, pas grand plaisir malheureusement. 

Madiran 2005, domaine Pichard : affaire rapidement classée, la bouteille étant bouchonnée !

Coteaux du Languedoc Terrasses du Larzac 2005, domaine le Pas de l'Escalette "le Grand Pas" : joli nez présentant encore quelques traces d'élevage, au fruité mur mais sans excès. Bouche à l'attaque ronde et parfaitement digeste, ses accents bourguignons donnent une sensation de plénitude. Finale encore fringante, marquée par des saveurs de terres humides. Joli vin

Saumur rouge 2005, domaine Guiberteau "les Arboises" : très beau nez complexe, fruit net, cendres froides, menthol. Bouche au même niveau, souple et acidulée, soyeuse, sans aucune aspérité tannique. Absolument délicieux actuellement. 

Saint Joseph 2005, Yves Cuilleron "les Serines" : nez très mur et généreux, proposant des notes poivrées, de roses fanées et de baies noires, d'une remarquable profondeur. La bouche est superbe offrant tension, fraîcheur et pureté. Magnifique vin !

Vouvray 2005, domaine Huet "le Haut-Lieu" : nez digne d'un parfumeur offrant tour à tour des notes de verveine, de foin, de citron et une pointe de truffe blanche. Bouche à l'équilibre d'école et à l'acidité parfaite, sur des saveurs de citron confit et de mandarine. Finale qui s'étire en douceur sur le poivre blanc. Splendide bouteille, pratiquement incrachable (d'ailleurs, je ne me souviens pas l'avoir crachée :) )