Tiens donc, une éclectique ! 24 ème rencontre des viking et thème de transition, choisi pour patienter notre prochaine thématique autour des Bordeaux et ses petites appellations. Celle-ci était prévue mais repoussée à cause de quelques désistements.

C'est parti, autour de la table préparée par Me Ludovic du restaurant le Jean Bouin à Evreux. N'oublions pas madame, qui maîtrise parfaitement son sujet côté cuisine.

En attendant les retardataires et parce que c'est toujours sympa de fêter les anniversaires des participants, Benoit est le premier à jouer du tirebouchon avec un Limoux "Toques et Clochers" 2008 du Sieur D'Arques : c'est toujours intéressant de voir comment se comporte un chardonnay hors des contrées bourguignonnes. Du volume, de la fraîcheur, des arômes acidulés mais une pointe chaleureuse en final, qui ne peut renier son origine méridionale. Notre tavernier qui lui n'a rien à fêter, mais veut nous faire plaisir en jouant lui aussi pendant cette éclectique, passe à l'ouvrage : des arômes floraux, un équilibre parfaitement sec et assez long. J'ai senti un moment quelques notes d'abricots qui m'ont conduit à penser qu'il pouvait s'agir d'un vin à base de viognier. Très honnêtement, je n'ai aucune idée de ce que ça peut-être et pourtant, j'ai gouté ce vin il y a à peine 15 jours lors du salon d'Evreux. Le vin sait montrer un côté "canaille" qui me plaît d'autant plus qu'il est simple, mais sérieux. C'est un Alsace du Domaine Rietsch, "Entre Chien et Loup" (assemblage d'Auxerrois et de Pinot Blanc)

A partir de là, nous commençons la dégustation. Les vins sont servis généralement par paire, à l'aveugle (sauf pour moi) et accompagnés du repas.

Riesling "Rittersberg" 2008, Bernhard & Rebel et Savennières "l'Enclos" 2006, Eric Morgat
Le Riesling joue le registre du sol : minéral, une pointe de terpène, mais aussi de champignon frais. Bouche relativement tendue et avenante, tempérée par un joli volume et une finale de bon niveau. 2008 me fait du charme, c'est le type de vin qui me parle, qui me plait beaucoup. J'aime également l’authenticité du Savennières de Morgat. Des notes de vernis, de colle à l'amande, mais de fruits blancs avant tout. Belle bouche, tout en délicatesse, longue et finement incisive. Je mets ces 2 vins au même niveau, tant au niveau de la qualité que du plaisir.

Pernand Vergelesses 1er cru "le Clos du Village" 2006, Domaine Rapet Père & fils. Servi seul pour l'occasion. Au nez, l'aromatique est tendre, presque pomme au four, on flirte avec d'étonnantes effluves d'une boisson locale normande, lisez de cidre ! En revanche en bouche, ça semble conforme : très belle entrée en matière, qui impose un rythme dynamique. Tension, volume, élevage parfaitement intégré, longueur, tout y est. J'adore, merci Marc !

Sur un magnifique mille feuilles d'écrevisses, un Meursault "les Grands-Charrons" 2006 de Vincent Dancer et un Chablis 1er cru

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"Montée de Tonnerre" 2006 du Domaine Raveneau. Un poil de soufre présent sur le Dancer, mais le nez est une vraie baffe sur les fruits blancs, un modèle. En le humant, on espère une chose : que la bouche soit du même niveau. C'est le cas : c'est fin et riche à la fois, tendu, l'acidité est enrobée par une matière compacte et longiligne. Magnifique vin, merci Jeff ! Le Raveneau est d'un tout autre registre : c'est moi où nous sommes à proximité des sanitaires ? Une réduction manifeste qui ne s'est malheureusement pas dissipée, alors que son propriétaire nous indique qu'à l'ouverture ça se présentait bien. La matière en bouche est pourtant belle (citronnée), la finale saline généreuse, mais je reste déçu de ne pas avoir abordé ce vin dans les meilleurs conditions. Merci Fred pour cette belle étiquette.

Changement de couleur : les rouges

Saumur-Champigny "Crescendo" 2009 de Dominique Joseph et Lalande de Pomerol 2009 du Château Haut-Sarget. Le Saumur flirte avec des senteurs natures, pas plus dérangeante que ça. Le nez est bien mur, sans aucunes sensations de végétal, bien au contraire, on a affaire à une corbeille de fruits rouges. On ajoute à cela un chouille de volatile et le tout s'engage bien. Bouche croquante, mordante, quiqu'un peu jeune, qui mériterait 2 ou 3 ans d'attente. Un joli vin, qui n'a rien à voir avec le Lalande qui suit : heuuuuuu, y a du vin normalement dans la bouteille ?

Autre duo. Un Cabardès "Vent d'Est" 2010 du Domaine de Cabrol et un Rioja "Crianza" 2009 de la bodega Luis Cañas. Le Cabardès est un vin pour parfumeur : quel nez !! Explosif, il s'articule autour de la pivoine, la rose et les fruits rouges acidulés, complété par une touche poivrée. L'attaque en bouche est encore un peu saillante mais ne manque pas de caractère, bien mûr celui-là. Joli vin, plaisant à boire. Passons au Rioja, qualifié de "Meilleur vin du Monde" dans sa catégorie de prix. Donné par mon beau-frère espagnol, la veille de la dégustation, il était temps de voir ce qu'un public d'amateurs, mais non averti de cette bouteille pouvait en penser. Pour ma part, je trouve le vin agréable, sans grand caractère. Il manque de profondeur et soufre après le Cabardès, qui lui est bien supérieur tant au niveau du prix que du plaisir (13.5 € contre 8.5 € pour l'Ibère). Alors non, on ne pourra dire que c'est pas le meilleur vin du monde dans sa catégorie, parce qu'il existe autant de vins dans cette fourchette de prix qui font plaisir que de palais différents, mais à ce prix, je ne pense pas qu'on soit volé. Accordons lui comme circonstances atténuantes : il venait de faire 1500 km en avion la veille :)

Parmentier de confit de canard et Alpine Valley "Ergo Sum" 2008, Domaine Beechworth (Australie) et Châteauneuf du Pape 2004, Domaine Pierre Usseglio. On entre dans l'dur avec cette paire... et pourtant. L'australien possède un nez charmeur, crémeux, sans tomber dans l'excès, avec un profil presque bourguignon. La bouche offre un beau volume et du répondant et monte en puissance après une attaque subtile. Beau vin qui en possède encore sous la pédale évidement. Un hic : le prix (70 €). Le Châteauneuf est d'un tempérament plus calme. D'évidence plus âgé, j'aime ces notes de vieux bois et de cerise à l'eau de vie qu'il propose. On s'imagine dans le chai avec de vieilles foudres (c'est une supposition, mais ce sont les images qui me venaient à l'esprit en dégustant ce vin. Heiin, c'est le cas ? :) ). La bouche va bien avec le parmentier de canard, même si j'aurai préféré d'avantage de puissance sur le coup, le vin manquant d'un peu de coffre. On va pas faire le difficile, j'ai bien aimé ce vin, mais il me semble avoir entendu quelques détracteurs se prononcer sur son cas.

Un Côtes du Roussillon Villages "Hypogée" 2002 du domaine de la Serre Vin est servi seul pour assurer la transition. Entre deux âges, un peu fatigué, une amertume prononcée, pas conquis par ce vin, d'autant qu'il doit couter environ une trentaine d'euros. 

Assiette de fromages savoyards. Les blancs de début de dégustation font leur retour.

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Puis avec le cheese cake, un Gaillac blanc doux "Renaissance" 2007 du domaine Rotier. Cuvée bien connue des haut-normands, car elle fait régulièrement son apparition. Pierre et Sébastien doivent en ouvrir une bonne douzaine par an :). Le nez est toujours aussi enjôleur avec des arômes concentrés d'abricot, de coing et une pointe de safran. Bouche riche et concentrée agrémentée d'une remarquable acidité. Très beau vin, dessert à lui tout seul !

Et le p'tit dernier, pour achever cette belle journée : Sauternes 2009, Dartess/LD Vin. Un nom de code un peu bizarre pour ce vin : pas de producteur, mais un négociant qui achète des parties de lots à des propriétés un peu huppées. Il y aurait une bonne partie d'Yquem... Pas trop de souvenirs et les notes sur mon cahier sont vides (c'est mauvais signe ? ). Le breuvage m'est apparu concentré, mais cadenassé et verrouillé. A revoir.

Merci à tous pour cette belle journée et à très bientôt pour de nouvelles aventures. Amis bretons, préparez-vous, c'est tout ce que je peux vous dire !